Reproduit par Frey, p. a
v ;.S C.-F. MEYER
l'ensemble de son individualité. » « Peu à peu. ajoute Meyer,, mes personnages se dessinent devant mon œil en contours plus nets, plus aigus, brillent, prennent des couleurs, s'animent d'une vie chaude. J'ai le sentiment qu'ils n'ont pas pu agir autrement, et dès lors la composition proprement dite de ma nouvelle m'est facile. »
Cette enquête psychologique, cette curiosité des évolutions intérieures, des ressorts secrets, ne sera nulle part à la fois plus attachante et plus légitime que dans les énigmed de l'histoire, dans le tracé « d'une de ces figures obscures, dont les mobiles ne sont point éclaircis, et où le poèi' libre de combler les lacunes. » (Conversation avec Kogel.)
Thomas Becket, Pescara seront des figures de ce genre.
Meyer a précisé sa pensée en affirmant le « droit du poète à compléter l'histoire [wo der Dichter ergànzen darfv) ». Le romancier revendique presque ici le titre d'associé, de collaborateur de l'historien. Le roman historique n'est pointa ses yeux en conflit avec la chronique ; il la prolonge et mêm< l'approfondit en la fondant davantage en raison. Il a des droits plus étendus que l'histoire ; l'hypothèse lui res« ouverte. Le romancier continue la route, alors que l'histoi rien, en vertu de son devoir professionnel d'enregistreur du fait, est tenu de s'arrêter. « Je manie l'histoire de façon souveraine, mais non infidèle" », a écrit un jour Meyer. « L'intention démon héros, écrit-il une autre fois et à un historien ! n'est pas historiquement, mais psychologiquemeté^ vraie3. »
La psychologie, les « Seelenvorgi'mge ' », c'était pour lui
i. Conversation avec Kogel.
■i. Briefw. Meyer-Francois, p. (/■>. « Ich behandle die Geschichte se*? venin, aber nichl ungetreu. »
;. Lettre à Georg v. Wyss. Br. I, p. 4">.
j. Cl 1. passage suivant où s'expriment clairement 1 intérêt de
pour le côté psychologique de l'histoire et soi 'pris pour les recherche^
d'érudition, son dédain des fails et des dates : « Ich môchte wohl sag
st le jeune moine Isidor qui parle — wrssen oder fûhlen, «as den ganzen Seelenkampf des Kaisers — il s'agit d'Henri V — ausmacht, den
LE FOYER
enliel. Faire œuvre de limier, « avec quelques données ^construire le contour » d'un fait, « débrouiller l'écheveau à l'aide de doigts délicats », comme il l'a écrit de sa Justicirre1. voilà ce qui lui plaisait avant tout dans sa tâche. 11 a parlé avec dédain du trait local extérieur, de « la décoration Mas Kostiïm) et de tout le fatras historique, élémenl essentiel du roman historique en général, mais qui, lui, l'importunait, et qu'il ne soignait <(ii'en considération du lecteur2 ». 11 a parlé, avec non moins de mépris, des contours épais, « des couleurs violentes et crues » que certains romanciers donnaient, une fois pour toutes, à leurs figures pour obtenir des « effets faciles ». Lui, procédait d'une autre façon : il reprenait son travail toujours à nouveau. « mêlait les caractères », peignait « couche par couche 3 ». Le Saint, avec sa richesse de nuances, sa superposition de mobiles psychologiques, nous montre avec quel art ces principes furent appliqués.
Peu de sujets ont aussi fortement captivé, aussi mystérieusement attiré C.-F. Meyer que les destinées du célèbre "chancelier d'Henri II, l'archevêque de Gantorbéry. Dans toute la carrière de l'écrivain, on ne trouverait peut-être qu'une seule figure qui ait jeté d'aussi profondes racines dans l'intimité de son âme, Frédéric II, le Hohenstaufen. Les deux physionomies, malgré leur absolue divergence extérieure, offraient aux yeux de Meyer des traits secrets et chers de parenté ; toutes deux exercèrent sur l'écrivain le même genre d'énigmatique fascination. C.-F. Meyer a fait dans ses lettres des allusions intéressantes au genre de lien qui l'attachait à l'âme de Becket. Une sorte de pudeur et, plus encore,
freilich dieser grosse Geschichtschre berhierin seinen Annalen unsëres Klostérs niclit wird schilden kônnen, deim <t strickt ein grosses Netz von (illciiilicli K.undgewordenen Tatsachen und Iahreszablen, zwischen denen weiten Maschen die Seelenvorgânge wie blitzende Fischchen durchsebimmern » Pseudo-Isidor, Langmesser, p. iSJ. • i. Langmesser, p. 435, Cf. Richterin, p. 20. L< ttre à lltissel, Br. II, p. 178.