‹ C.F. Meyer; sa vie, son œuvreChapitre 99 sur 177 · l'rt'v. p. a · texte numérisé non relu

l'rt'v. p. a

de prudence d'expression avertit que nous touchons ici au fond môme de la personnalité1.

Qu'est-ce qui attira Meyer dans le personnage de Becket? Une énigme historique : la « conversion » du Chancelier. Augustin Thierry a écrit : « Thomas Becket, cinquième primat depuis la conquête, et le premier qui ait été Anglais de race, fut ordonné prêtre le samedi de la Pentecôte 1162 et le lendemain consacré archevêque par le prélat de Winchester, en présence des quatorze sufTragants du siège de Cantorbéry. Peu de jours après sa consécration, ceux qui le virent ne le reconnaissaient plus. Il avait dépouillé ses riches vêted ments, démeublé sa maison somptueuse, rompu avec ses nobles hôtes et fait amitié avec les pauvres, les mendiants et les Saxons. Comme eux, il portait un habit grossier, vivait de légumes et d'eau, avait l'air humble et triste, et c'était pour eux seulement que sa salle de festins était ouverte et son argent prodigué. Jamais changement de vie ne fut plus soudain2... » Il y avait dans ces lignes comme une provocation à la curiosité du fureteur psychologique que fut Meyer. Le romancier voulut donner une réponse au point d'interrogation tacite laissé par l'historien. La nature de cette réponse, la nature du mobile que Meyer prête à la métamorphose du Chancelier n'est point indifférente pour l'histoire même de l'évolution intérieure du poète. « Que voyons-nous dans la légende ? écrit G. -F. Meyer à Ilermann Friederichs : un chancelier éminent, mais absolument servile, aux ordres d'un despote du moyen âge. Par calcul politique, ce chancelier est fait primat ; alors brusquement, sans raisons exté* rieures, dès qu'il a revêtu l'habit ecclésiastique, il se tourne contre son ancien maître; le défenseur de la raison d'Etat devient un fanatique sectateur de l'Eglise, un martyr. Donner à cette énigmatique transformation, dont la légende lait une sorte d'apothéose de la puissance magique de l'Eglise,

Page 1