Horn, p
5. Erinnerungen an eine Freundin, A II, p. 211 ss. (de déc. 1753). A quelle amie cet impromptu s'adressé-t-il? Melissa Schulthess? Ou bien déjà à la jeune Elisabeth Meyer von Knonau'; dont W. a pu faire la connaissance, lors d'une visite chez une daim- habilanl la rampagne, dont il parle à Sophie, le 5 juin 1753 (Horn, p, 25). Si, comme il semble, il s'agit de la famille Meyer von Knonau,
la maîtresse de maison était en effet d'esprit mystique; elle mourut en déc. 1754. 'W. s'en est souvenu dans son Euthanasie. Cf. Gerold Meyer von Knonai Aus eincr Zuricher Familienchronik, 1885, p. 80 et Zeitschr. d. Alterl. und Lit. XX, p. 355. Elisabeth avait alors 18 ans.
CHEZ BODMER' 117
mais la santé du cœur et la modestie. Car « la nature réussit rare-; ment une Séréna; et pas plus que la tune radieuse, celle-ci n'est sans taches ». ■ ••}
Quant à lui, le moment est venu,, comme remarque Bodmer', de se risquer dans la vie sociale. Pour le garder auprès de lui et l'assister dans ses débuts, le maître l'encourage à faire un essai pédagogique avec quelques élèves particuliers, plutôt que de cou* rir l'aventure d'un gymnase ou d'une université. Wieland conserverait ainsi son indépendance, et pourrait « dans la pauvreté d'un Cimon ou d'un Socrate mener l'existence qui lui convenait * ». Avec le concours de Breitinger, qui lui apprenait un peu de grec, et de Kûnzli, pédagogue très averti, Wielahd mit sur pied un Plan d'information privée, qui parut en janvier 1754 2.
Ce qui marque bien la direction qu'avait prise son esprit sous l'influence de Bodmer, c'est l'accent franchement humaniste dé ce programme. S'opposant à la routine des établissements habituels, où l'esprit est soumis au dressage scolastique, son projet vise à la culture du caractère non moins que de l'intelligence. Ainsi qu'il l'avait écrit à Mùchler, Wieland rêvait d'une « école de la liberté et du bon sens », où l'histoire et la philosophie concourraient avec la morale et la politique pour former des hommes rai: sonnables et utiles, « des citoyens au lieu de sophistes ». Avait-il souhaité de se charger d'un jeune comte pour en faire un philanthrope, un patriote3, il était maintenant disposé à donner à de jeunes bourgeois les connaissances pratiques que demande un siècle de lumières, dominé par la pensée de Leibnitz et de Newton. Il se proposait de débarrasser l'esprit des préjugés, d'apprendre à regarder par soi-même, partout où il y a danger de rester ignorant; de recourir à la méthode socratique pour savoir ce qu'il faut penser de Dieu et du monde. Si la religion doit être
1. L. à Th. Muchlerdu 16 juill. 1753. Celui-ci, alors précepteur dans une famille Arnim à Suckow, avait proposé à W. de contribuer à la création d'un collège noble dans l'Uckermark (Gruber1, I, p. 92 ss.).
2. Pian von einer neuen Art von Privât- Uhtenveisung, imprimé à Bâle pendant l'hiver 1753-1754, et dans Neuste Sammlung vermischier Schriften, où il est daté du 12 fevr. 1754. HiRZELl'apubliéd'aprèscette 2cédit. dans Arch. j. Litgesch. XI, p. 378 ss.; le texte de la lre édit. est donné dans A IV, p. 176 s.
3. D'après une notice à la Bibliothèque de Zurich; Archiv. f. Litgesch. XII, p. 596 s.
f 18 LA FORMATION
protégée contre les incrédules, déistes et naturalistes, elle ne doit pas non plus empiéter sur la philosophie. Mais c'est par la littérature, par la « science de l'harmonie, des accords de l'âme, que les Grecs appelaient musice... », qu'il entend remplir sa tâche :
J'entends l'art de mettre en harmonie les facultés inférieures, d'ordonner l'activité de l'imagination, l'art de penser; je développerai le sens du beau et du bien que nous avons tous et que l'on a toujours appelé le goût l.
Ainsi le goût, au lieu de la morale dogmatique et du savoir inerte. C'est l'esprit esthétique d^ Shafiesbury 2.
Ne voit-on pas le profit le plus positif de son stage d'apprentissage? Son spiritualisme mystique a fait place à une conception plus claire et plus limitée. Au lieu de la destination glorieuse de l'esprit, Wieland se représente le devoir humain de s'affranchir, par la raison et le sens moral, des servitudes dogmatiques et politiques. Sa rêverie diffuse s'est déterminée en une idée distincte de valeur, elle est devenue formative. Mais elle n'en reste pas moins enveloppée encore de religiosité, liée à un finalisme transcendental, inscrit dans la nature. Que ce finalisme se traduise dans la vie par le développement normal de l'individu, qu'il tende à l'unité de la conscience par l'accord de la sensibilité et de la raison, c'est ce dont Wieland commence à s'aviser sous l'influence de l'humanisme français dont il s'est imprégné auprès de Bodmer. Toutefois, Cette idée d'éducation, il ne la saisira d'abord que dans le cadre de la conception théiste de Shaftesbury.
Il n'y a donc pas lieu de s'étonner qu'il conteste à Voltaire « qu'on puisse philosopher sans la foi chrétienne »3, ni qu'il oriente vers la vertu la culture de l'esprit. Son sentiment religieux, si