‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 121 sur 505 · Sittenlehrer, chap. 111, ib., p · texte numérisé non relu

Sittenlehrer, chap. 111, ib., p

3. Untersuchung iiber die Tugend (Trad. ZlMMERMANN, Philos. Bibl., Band 110, Livr. 1, 2e partie, chap. 3, p. 116.)

avec l'attrait du plaisir et la curiosité de la vie, cela apparaît déjà dans un petit dialogue socratique sur la beauté visible et la beauté véritable 1, dont le cadre galant et le mouvement enjoué trahissent plutôt un modèle français 2. S'il s'applique à rendre le mouvement de la pensée des Moralistes3, son Socrate moderne affecte une désinvolture badine qui dénote la fréquentation des salons. Son manteau de philosophe lui donne même accès dans les boudoirs. Tout en surveillant d'un œil averti la toilette de la belle Timocléa, il prend plaisir à déjouer les artifices de sa coquetterie naïve par des questions insidieuses sur leur objet. Souriant de l'innocence de la jeune fille, il l'instruit d'une grâce plus consciente, qui, comme celle de Pasithéa, agit sur le cœur par l'esprit, promettant une âme harmonieuse 4. Par ce charme d'une nature parfaitement accordée, la femme, lui dit-il, a « plus que cent sophistes » le secret du bonheur 5. Ne réalise-t-elle pas l'idée de beauté inscrite dans la nature humaine? Notre perfection est en nous-mêmes : ce n'est pas une valeur précaire, comme on croit trop souvent, mais la loi même de notre constitution, la santé de l'âme, qui est activité et sentiment éclairé de Tordre universel6. Contre cet instinct invétéré 7 ne peut prévaloir aucune « humeur stygienne », aucune suggestion mystique. 11 suffit à notre salut d'intégrer l'idéal dans la vie, de rendre aux inclinations l'innocence de la grâce. « Je ne perds pas l'espoir qu'il viendra une époque où se réalisera cet heureux changement, pour ne pas dire transfor-

1. Gespràch des Socrates mit Timocléa l'on der scheinbaren und wahren Schônheit, paru d'abord dans une revue zurichoise : « Das Angenehme mit dem Niitzlichen », 1755, mais déjà composé l'année précédente « en deux ou trois heures de loisirs », d'après le Vorberichl de 1758 (A II, p. 277).

2. Outre les dialogues de Fénelon et de Fontenelle, W. n'aurait-il pas été incité à cet essai par les Dialogues socratiques de Jacques Vernet, dont une trad. allemande venait de paraître à Halle en 1753? On sait que depuis le Socrate moderne le philosophe grec faisait figure d'éducateur mondain. L'apologie de Gilbert Coopeb avait été trad. en français en 1751. Cf. Bôhm : Socrates im 18. Jahrhundert.

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