A II, p
l'éducation sentimentale 137
mation \ » A Timocléa et ses pareilles, il appartient d'en donner le témoignage 2.
De l'opposition au pessimisme chrétien procèdent aussi les Considérations3... Comment croire que, dans l'harmonieux univers, l'homme soit seul exclu, de par sa constitution, du bonheur dont il a le pressentiment dans le cœur, et, par surcroît, la garantie par 1' « oracle de Dieu »?4 A ne considérer que l'état actuel de l'humanité, où, au milieu de tant de ruines et d'ébauches, n'apparaissent que quelques rares réussites, on douterait sans doute de l'aptitude de l'homme au bonheur : les satiriques ont beau jeu pour railler nos misères et nos folies. Mais qui pourrait assurer que ce soit là notre état définitif? Plutôt que d'en prendre prétexte pour se détourner du monde, ne vaudrait-il pas mieux s'attacher au vœu qui naît de notre insatisfaction, et de ne considérer la & disgrâce actuelle que pour un mal de croissance, l'effet de notre inachèvement? L'humanité ne s'est-elle avérée perfectible, en améliorant sa condition et en créant la civilisation? Au lieu de regarder en arrière vers un chimérique paradis perdu, il s'agit de marcher à une terre promise. Si le progrès demande des conditions favorables, beaucoup de temps, un climat tempéré, ce serait l'affaire de l'éducateur et du législateur d'y pourvoir, afin de ne pas entraver le développement des aptitudes encore repliées dans l'âme, au risque d'une difformité incompatible avec l'ordre de la nature.
Avec les rationalistes, Wieland fait donc confiance à l'évolution pour réaliser « la beauté fragile » de l'homme, sans discerner