‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 13 sur 505 · A. Br., I, p. 4M · texte numérisé non relu

A. Br., I, p. 4M

que le régime intellectuel lui convient. Il a sans doute oonçu un ouvrage qu'il prépare avec fièvre : vraisemblablement une première ébauche du poème de la nature, ébauche qui sera reprise et menée à terme à Tùbingen. Un projet épique, en hexamètres, suscité peut-être par la Messiade, aurait été rejeté « à cause de la matière mythologique », comme il assure à Bodmer K

Ainsi l'hésitation, déjà, entre l'idéologie et la fable, entre le propos didactique et la « peinture ». Raison et imagination rivalisent, mais la vocation littéraire s'est déclarée. L'adolescent, qui s'est affranchi, cherche sa voie. Désabusé par les sarcasmes du physicien sur « les histoires de l'autre monde », les miracles et les apparitions, amené à discerner « la couleur des contes de fées », comme il arrivera plus tard à Bahrdt, il ne se sauve du découragement que par la poésie. Comme il a déjà perdu Dieu, et regardé « dans la politique des prêtres et des cours », il lui reste le refuge de l'imagination. Mais il manque encore l'impulsion créatrice. En attendant, le travail est préparé, les jalons sont posés.

A Biberach, où il rentre au printemps 1750, Wieland n'empêche pas son père d'exciper de ses « succès » à Erfurt pour demander à nouveau une bourse, à l'effet de poursuivre ses études « dans une université plus célèbre » 2. Mais qu'en fera-t-il? « Une aversion insurmontable m'éloignait du droit, la faiblesse de ma poitrine m'interdisait de prêcher, et le dégoût des cadavres, dans les salles d'hôpital, me repoussait de la médecine3. » Sa détermination était prise, avouée ou non. Il était déjà si loin de ses parents! Comment leur faire entendre qu'il échappait à leur tutelle, qu'il n'était plus celui qu'ils avaient formé, et que les espoirs qu'ils avaient mis en lui ne se réaliseraient pas? « Dans cet embarras, je n'aurais jamais pu me tirer d'affaire sans le secours de l'amour qui, en août 1750, me métamorphosa soudain, à la vue de la personne la plus aimable que j'aie jamais connue 4 ».

1. Une pièce en vers alexandrins s'est retrouvée et a été publiée par Wilhelra Suchier (Euph., XXI, p. 136 s. = A IV, p. 655.) Elle est datée du 24 décembre 1749 et adressée à un nommé Urban.

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