A. Br., I, p
Si cette image retient aussi l'attention de son neveu Nicias, un jeune enthousiaste qui rentre d'un voyage d'études en Italie, c'est moins par le talent du peintre que par le sujet, par l'expression des chastes déesses, personnifiant, « sous les voiles qui flottent autour de leur pudique beauté », la spontanéité, l'ingénuité et la candeur 1, un triple charme qui ne manque pas son effet sur le virtuose en herbe, prêt à l'initiation au culte de l'Eros platonicien, surtout quand il sait que le modèle est la propre fille de Théages.
Au peintre philosophe était réservé, comme il semble, de corriger l'idéalisme moral du jeune homme, qui ne voit dans l'art qu'abstractions, qu'allégories. C'est à peine s'il tolère la peinture profane, déplorant qu'elle se fasse trop souvent « l'esclave de la superstition et de la volupté » 2. Une « Mort de Socrate » n'auraitelle pas plus de prix qu'une « Vénus au repos »? Convaincu que l'objet de l'art est « d'instruire agréablement », il tient un tableau pour une morale « en image ». Apprendra-t-il de Théages à reconnaître les formes parfaites que recèlent celles de la nature, à découvrir la beauté? Car, en s'attachant à son vêtement sensible, cet « artiste moral » contemple d'un « œil intérieur » l'idée essentielle3. A ses Grâces, il a donné, avec le charme qu'un Corrège aurait su rendre, la dignité sans laquelle la beauté n'agit pas, comme remarque Aspasie 4. Cette intuition est le fait de l'enthousiasme de la raison, de cet « art d'aimer » qu'enseignait Diotime à Socrate, un amour purifié « du limon de la sensualité », qui est « émotion sereine, activité harmonieuse » 5.
Ainsi prémuni contre l'illusion sentimentale, Nicias aurait peut-être été mis en présence de Pasithea, la fille de Théages, laquelle, élevée dans une retraite agreste, n'a jamais eu autour d'elle, sauf sa tante Aspasie et une dame pieuse du voisinage, que des domestiques muets. Nicias aurait-il vu dans la jeune fille plus