‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 135 sur 505 · A II, p. 482 s · texte numérisé non relu

A II, p. 482 s

de visionnaires comme Marie d'Agrède ou Marie de l'Incarnation, si l'on admet que Dieu n'a pas créé des êtres raisonnables afin qu'ils se débattent avec le péché? 1 Renoncer à la raison, n'est-ce pas se rendre aussi incapable que le bétail des champs à entrer en communication avec l'esprit divin? 2 A une passion qui mène aux pires dérèglements, l'auteur oppose alors l'amour de l'ordre3. Avec l'appui des gens d'Église, « qui prennent leur sagesse aux sources les plus pures », il considère que la vertu n'exclut pas le goût. Et tout comme les chrétiens s'en rapportent aux Écritures, il peut s'en rapporter à Platon, Xénophon, Plutarque, pour lutter contre l'ignorance « génératrice de difformités morales »; il peut apprendre de Shaftesbury à devenir « un meilleur virtuose » :

Tu parcourras le domaine du beau, tu te rendras compte qu'il est des joies plus hautes que celles auxquelles t'invitent les baisers des filles et les coupes pétillantes. Apprends de Platon et de Shaftesbury où est la nature et la beauté 4.

Dans l'équivoque de la beauté morale peuvent se rapprocher les deux attitudes : le détachement mystique et l'idéalisme esthétique. C'est de part et d'autre renoncement au réel, spiritualisation du plaisir. Dans VAdvice, Shaftesbury détourne l'écrivain du badinage voluptueux, aussi bien que le fait Bodmer par tendance puritaine. Si, dans les Sympathies, Wieland abonde dans le mépris de la frivolité anacréontique, s'il vilipende les « maîtres du baiser », c'est bien en partie par concession à la poétique suisse, mais c'est plus encore par fatuité d'esprit, se croyant en possession d'une sagesse supérieure, de l'intuition propre au véritable poète. Que la pruderie de Véréna n'y soit pas étrangère, c'est surtout dilection d'artiste. Comme il moque la mièvrerie de E. Rowe, qu'offusquent « la douce lumière du jour et le printemps fleuri », il dénonce les « poètes sardanapalesques » 5; et, dans le feu du réquisitoire, il invective avec les corrupteurs de la jeunesse, «tous ceux

Page 1