A. Br., I, p
l'éducation sentimentale 151
actif la cause du Seigneur, et n'apprécierait rien autant que d'être entouré d'un cercle de fidèles, animés de la même ferveur, travaillant de toutes leurs forces à développer la foi ! 1 « Qu'il écrive des homélies2 que des pasteurs lisent en chaire3, et justifie le tremblement de terre de Lisbonne au moyen d'une sophistique qui ne le cède pas à celle de Zimmermann, on est en droit, devant l'ostentation et l'impersonn alité de cette phraséologie religieuse, à mettre en doute, malgré son avertissement, 4 la vérité de ces Sentiments. Le médecin de Brugg n'est-il pas averti, quand Wieland les lui envoie, « de ne rien conclure, sinon que l'auteur a le cœur sensible, l'imagination vive et un amour très sincère de la vérité »6. Ces sentiments sont-ils d'ailleurs si différents de ceux qu'exprimait la Prière d'un Déiste? C'est au fond la même substitution à la Révélation de l'instinct du cœur, la même subjectivité adogmatique, qui s'appuie sur le pressentiment du bonheur. La promesse de la nature, garante de la promesse de Dieu, la joie de la vie universelle faisant taire le scrupule de la conscience 6.
Que l'homme reste fidèle à la nature. Chacun de ses mouvements sera alors un plaisir, chacune de ses pensées une vérité, chacun de ses penchants une vertu, chacune de ses aspirations une progression... Au souffle de Dieu, la nature, comme une fiancée, se pare de rougeur pudique et d'un délicieux sourire... '.
Le bonheur étant la fin de la création 8, pas de cataclysme qui ne vise au bien : « Le spectacle d'une ville engloutie est une source de vérités morales » : elle atteste « la sagesse du céleste éducateur qui nous incite à penser à l'au-delà » 9. L'au-delà ou le présent, il n'importe : l'optimisme joue sur les deux tableaux, se servant