‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 140 sur 505 · A II, p · texte numérisé non relu

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5. Fr. Sack, prédicateur à la Cour de Berlin, et membre de l'Académie Royale, avait, en 1754, par l'intermédiaire de Sulzer, procuré à \V. un préceptorat à Berlin, que celui-ci n'accepta pas, ayant entre temps réussi à se faire une situation a /me h. Cf. les lettres échangées dans : Fr. II'. Sacks Lebensbeschreibung nebst einigen oon ihm hinterlassenen Briefen und Schriflen, hgg. von dessen Sohn, Berlin, 1789, I. p. 193 à 197. D'après la Lebensbeschreibung (p. 94 s.), la religion de Sack était de tendance rationaliste el très tolérante. Saek avait passe la plus grande partie de sa carrière dans les milieux huguenots de Magdebourg el de Berlin, après une Formation très libérale en Hollande. Il était en relations avec Semler. Reinbeck el Breitinger.

l'éducation sentimentale 153

une fois de plus, sinon l'intérêt personnel 1, du moins une rancune littéraire? Il est fait appel à l'Église contre « les esprits forts, les misérables » qui abusent de leur talent pour flatter « la plus infâme volupté », contre les serviteurs de Bacchus et de Vénus, ligués contre ce qu'il y a de plus vénérable et de sacré. Pire que cela, Wieland cherche à compromettre Uz en le mettant en compagnie des Lamprecht, Dressler, Beyer. « Quiconque ne se fait pas un mérite de mépriser la religion devrait préférer le plus mauvais chant religieux au plus joli poème d'Uz. » Mais Wieland ne sacrifie-t-il pas aussi à la mauvaise cause de Bodmer Pindare, Virgile et Horace, qui auraient parfois abusé de leur génie, ou, tout au moins, ne sauraient prétendre à la dignité d'un poète inspiré, tel que le roi David ? A Pétrarque lui-même il est reproché d'avoir gaspillé son amour à une créature imparfaite. Ne resterait-il donc que la poésie séraphique? « Combien j'apprécie le bonheur d'être capable de sentiments angéliques ! Si corrompu que soit notre cœur, nos aspirations sont tendues vers le beau et le bien, le sublime et l'éternel. » Pour sa part, l'auteur fait amende honorable de ses errements et se dit convaincu de « la divinité de la religion du Christ ».

En serait-il arrivé à rejeter la poésie, dangereuse pour l'imagination, de même que toute allusion à la joie? Car on s'expliquerait mal une persécution si irritée sans une sorte d'hallucination du péché. Revenu de cet égarement, Wieland aura peine à comprendre comment il s'est fourvoyé de la sorte et s'est exposé aux coups des critiques berlinois. Lessing et Nicolaï ne manqueront pas, en effet, de l'admonester dans la Bibliothèque, des Belles Lettres :

Nous avons honte pour M. Wieland, qu'il se soit laissé aller, par passion aveugle, à une si indigne sortie... On sent bien d'où vient l'excitation, et que l'accusation d'impiété est la dernière ressource quand il s'agit de calomnier des gens de mérite, très au-dessus, à tous égards, d'une mesquine jalousie 2.

1. SpaJding, l'ami il<- Gleim et de Sulzer. s'était occupé de W. l'année précédente (Dorow : Denkschrijtcn, II, p. 181-185). Cf. Lebensbeschrcilning von ihm seîbst aufgesetzt und herausgegeben von dessen Sohn G. Ludwig Spai.ding, Halle, 1804; d'autre part. Jérusalem étail aussi en relations avec Bodmer (Archiv. f. Litgesch., XII, p. 604 ; A. Br., I, p. 173).

2. Bibl. derSchônen Wiss., I,p. 415 s. (Lessing : Werke (Hempel), 12, p. 643). W. avait rédigé une déclarai i>>n : Nachrichten des Verfassers der Empfindungen

La réponse très digne d'Uz ne fera qu'ajouter à la confusion : « Crois-moi, la volupté du sage est plus près de la vertu que ton fanatisme 1. » Enfin, pour mettre le comble à sa mortification, Sack protestera contre l'abus fait de son nom 2.

Wieland n'avait pas attendu la semonce de la Bibliothèque pour se désavouer. Mais comment faire admettre son attaque qui était due, non pas à une basse complaisance, mais à sa propre « donquichotterie »?3 Une première rectification, que Bodmer réussit à arrêter, voulait écarter au moins le soupçon de l'intérêt :

Ce n'est pas la faim, ni l'ambition, ni un autre intérêt, qui m'ont poussé à écrire. L'amour de la vérité, de la vertu, de l'art, a été, depuis l'enfance, mon ressort principal. J'ai travaillé pendant des années avec une application qui, à notre époque frivole et dissipée, manque à la plupart des jeunes auteurs... Shaftesbury m'a appris ce que doit être un écrivain. Je me suis inspiré avant tout de cette pensée de Montesquieu, que c'est en voulant instruire que l'on pratique la charité... Dès l'enfance j'ai eu un goût prononcé pour la poésie. Je l'ai refréné pour me mettre à l'école des philosophes : Platon, Xénophon, le plus sage, le plus aimable de tous, m'ont détaché des autres.

Qu'il se soit trompé, qu'il ait négligé le travail de la lime, il n'a voulu blesser personne et il entend rester un honnête homme. A défaut de cette apologie, il retouche les termes de la dédicace pour la seconde édition, en attendant de pouvoir la supprimer4.

eines Christen. An die Léser der Bibl. dcr schônen Wiss. u. fr. A"., qui était une manière de rétractation. Ce document, étoufté grâce à l'intervention de Kunzli, a été récemment retrouvé en lambeaux et reconstitué (Euph., 14, p. 228 ss. A IV, p. 153 ss.). Il a d'abord été publié par Saier dans D. Lit. Denkm., 33-38, p. xlwi ss., et dans la D. Dichtung, 8, p. 270 s. (Cf. Gôlt. Gel. Anz., 1896, p. 501 ss.). Il date de janv. 1758. Dans cette déclaration. W. proteste de ses intentions et de sa bonne foi.

1. Schreiben von dem Verfasser der lyrisehen Gedichle an einen Freund, 1757. Cf. Uzà Gleim, 28 juill. 1757 (Hf.nniberger, 1866, p. 70).

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