A. Br., I, p
qu'une chronique scandaleuse de l'humanité. Je me souhaite parfois chez les Quakers et les Memmonites... La religion est dans mon état actuel ce qui me donne le plus de joie l.
Or voici, quelques mois après, que Wieland le prend de haut avec cet illuminé, « dont les idées s'accordent aux miennes comme le jour à la nuit ». Il lui aurait même déclaré qu'il fait plus de cas des hommes de Xénophon que de tous les saints de l'Église romaine. Il ne défend plus la morale ascétique, qui n'agit pas mieux sur les troubles de l'âme que « la choucroute contre la fièvre » 2. Il ne veut plus passer pour un séraphin, un saint ou un pur esprit : « Je suis bel et bien un homme et n'en rougis pas le moins du monde 3. » S'il a été un grand admirateur du beau sexe, c'est par ignorance, car selon le P. Cyrus, amare et sapere vix deo concessum *.
Avec quelle désinvolture Wieland ne joue-t-il pas « au grand turc » dans son « sérail » ! Les jeunes filles ne lui sont plus que des papillons, et les dames respectables l'agacent par leur pruderie, leur affectation. « Une bonne paysanne, qui travaille, lui inspire plus de respect qu'une coquette. » Sophie retrouve son prestige. Lorsque après une année d'interruption les confidences reprennent, Wieland soulève un peu plus le masque vis-à-vis de Zimmermann : « Je ne suis plus aussi platonique que vous me croyez... Si je pour-
1. Akad. Blâller, 1884, p. 504 (Bouvier, p. 148). Voir R. Ischer : Neues Berner Taschenbuch, 191 6. W. le caractérise (A. Br., I, p. 234 s.) «comme un homme de rare talent, mais à qui les ouvrages mystiques, la vie des Saints, le théosophe Poiret, ont imprimé un pli particulier... 11 eût pu devenir un des plus grands génies de notre époque, mais il ne deviendra vraisemblablement qu'un Poiret ou un Saint... C'est un phénomène qui mérite d'être connu. Quant à moi, j'ai pour lui une affection cordiale, bien que nos têtes s'opposent comme le jour et la nuit. » Cf. p. 288 et 294 ; il dit de lui à Kiinzli : « Er ist ein irrender Ritter, der, es koste was es wolle, die Wolflianer aus dem Sattel heben will, und im iibrigen ein sehr guter Mensch. Er hat mich schon Jalire lang mit seinen Disputep und Correctionen iibel geplaget, sonderlich wegen des Schreibens an den Verfasser der Dunciade. » (Hirzf.l, o. c, p. 171.)