‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 146 sur 505 · Cf. A. Br., II, p · texte numérisé non relu

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dignité d'épouse et de reine, et aussi par sa condition de captive, celle-ci se confie à la loyauté de son gardien, sans chercher à le mettre à l'épreuve. Qu'elle soit jeune et belle n'est pas ce qui lui importe le plus ; le voile de mélancolie, qui fait tort à la pureté du marbre antique, lui confère une beauté d'âme plus attirante pour un Araspe peint d'après l'auteur 1. Ce n'est plus l'héroïne, que n'effarouche pas l'horreur du champ de bataille et qui se tue sur le corps de son époux, mais une « touchante et sensible beauté », une vertu délicate et rêveuse, bien faite pour susciter l'enthousiasme. Rien d'étonnant qu'elle se transfigure à ses yeux en une figure idéale et que « la femme disparaisse dans la majesté de l'ange » 2. Araspe croit aimer une idée de perfection, qui réunit « tout ce qui réjouit les yeux et le cœur, lorsqu'une âme céleste anime un beau corps où se reflète la pureté intérieure 3 ». En termes raciniens, il peut attester que « le ciel n'est pas plus pur que son amour », et même s'abuser sur la nature « du doux frisson » qui parcourt son être en présence de la captive.

Même après que son confident Arasambès l'oblige à reconnaître son illusion et l'avertit du danger, il reste à Araspe un subterfuge, afin de tenir son sentiment pour une admiration désintéressée. Aurait-il à se défendre d'un « plaisir si délicieusement persuasif ? 4 » Il élude toutes les objections, jusqu'à ce qu'il se trouve en face de la passion, qu'il perde tout contrôle et s'abandonne à « une romantique frénésie ». « Que peut le pilote, quand la tempête fait rage avec tous ses tonnerres, roulant le vaisseau désemparé à travers des montagnes croulantes? Il est alors en proie aux forces déchaînées... Ces hurlements d'un monde chaotique seraient couverts par le tumulte d'une âme soulevée contre elle-même. » Devoir, honneur, raison, tout est balayé. Il touche au fond de son humanité et n'a plus qu'à avouer sa défaite : « O Cyrus, tu me

1. A III, p. 31 : " Es ist nichl die Schonheit des Leibes, niclit dièse unladelige Symmetrie iliror Bildung, nichl dièses harmonische Gemisch von ergôtzenden Farben und sanft wallenden l.inien, was mich entziickt. O mein Freund, es ist eine hohere ursprtingliche Schonheit in ihr, von der aile dièse ausserhchen Kei/.e und Grazien ausfliessen I Es ist ihre Seele, die eine so susse Gewalt liber die meinige hat. »

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