‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 150 sur 505 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Je ne sens que trop combien il est difficile, et presque impossible de rentrer en bonne grâce dans ce monde, après avoir débuté par des voyages dans l'autre, et d'oser être un homme après avoir fait le séraphin et l'inspiré. Mais je serai toujours de bonne foi, quoiqu'on en dise, et dussé-je passer pour fou , (en quoi on ne me ferait sans doute pas grande injustice), je serai vrai et honnête, et je ne ferai jamais la grimace pour avoir l'honneur de soutenir mon caractère K

Quand il écrit ces lignes, Wieland a enfin pris conscience de lui-même : il arrive à la trentaine. Mais avant de « se trouver à niveau », comme il dit à Julie Bondeli 2, il aura fallu que « l'expérience vienne le désabuser d'une chimère après l'autre », qu'il ait « renoncé à toutes les échasses sur lesquelles la vanité de l'esprit humain aime à se promener; aux chimères agréables dont les âmes voluptueuses se repaissent ». D'autre part il sera obligé de préparer le public à sa « fameuse descente des sphères platoniciennes sur ce monde sublunaire »3; de lui faire admettre que, s'il a été enthousiaste « en fait de religion, de métaphysique et de morale », on ne pouvait exiger de lui qu'il « restât enfant toute sa vie » 4. Grâce à ses confidences au docteur Zimmermann, on peut suivre d'assez près cette « métamorphose », comme Wieland se plaisait à appeler son émancipation.

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