‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 152 sur 505 · A. Br., III, p. 385 s · texte numérisé non relu

A. Br., III, p. 385 s

3. A.Br., I,p.368: « So ungleich Ihr Freund sich selbst scheint, so viel Analogie und Zusammenhang wiirden Sie in allen Entwicklungen, Ausschweifungen, Spriingen, Fliigen und Metamorphosen seines Geistes finden, wenn Sie eine chronologische Geschichte derselben vor sich hâtten. »

4. A. Br., I, p. 294 : « Und dennoch habe ich, seitdem ich empfinde und denke, zwei Gottheiten iïberall angebetet und geliebet, und wiirde sie angebetet und geliebet haben, wenn ich auch niemand weder vor mir noch neben mir zum Beispiel gehabt halte : es sind VVahrheit und Tugend. »

5. A. Br., I, p. 348 s. : « Je commence à sortir d'une espèce de léthargie; je me sens, peu à peu, m'accoutumer derechef à penser, et tout cela je le dois à vous. Ah! si vous saviez combien je vous aime. »

nerfs, déraciné par sa culture, ni philosophe, ni artiste, mais un utopiste, un spéculatif sentimental et révolté, incapable de fixer ses ambitions et sa pensée? 1 Faute de ses lettres à Wieland 2, on ne fait qu'entrevoir, il est vrai, le rôle qu'il a joué dans le détachement de ce dernier de son entourage. Ce n'est qu'à partir de 1758, que leurs relations prirent un tour d'intimité confiante, après une interruption d'un an, due à une susceptibilité réciproque, non exempte d'affectation.

« Vous avez commencé à vous comporter avec moi en amoureux, ne devais-je pas user de coquetterie avec un amoureux de votre espèce? » lui demande Wieland en reprenant contact, ajoutant : « Je vous aime, et je n'estimerais jamais personne plus que vous, si j'étais sûr du caractère que vous avez; permettez-moi de vous tenir encore pour un Protée 3. » Zimmermann n'en pensait-il pas autant de son correspondant? Ils s'étaient trouvés engagés dans un jeu de feintes par leur vanité et leur défiance : il fallut un long répit avant une confrontation plus loyale, qui d'ailleurs les maintiendra toujours sur leurs gardes, alors même qu'ils croiront s'abandonner. Il arrivera alors à Wieland de déclarer : « De tous les mortels, vous êtes celui qui me plaît le plus, car de tous ceux que je connais, vous êtes celui qui me ressemblez le plus »4. C'est l'illusion que produit toujours chez lui la découverte, chez un autre, d'un trait de sa propre nature.

En fait, ils ne s'accorderont jamais complètement, si ce n'est dans l'ironie et la désinvolture. Tous deux, ils se trouveront, par l'avance intellectuelle qu'ils ont sur leurs concitoyens, en marge de la société, et par là même portés à se plaindre d'elle, à la mépriser. Ils ont, l'un et l'autre, l'intelligence plus aiguisée que la sensibilité, plus d'imagination que d'instinct. Ils manquent égale-

1. Sur Zimmermann, v.ir les biographies de Bodemann (1878), de R. Ischer (thèse, Berne. 1893), d'Ad. Bouvier (thèse, 1925). Une partie de sa correspondance a été publiée par Rengger (1830), R. Hamel (1881), Bodemann (1885), Lugenbuhl (1890), et particulièrement par Ischer : N. Berner Taschenbuch, 1904-1910. Nous avons consulté en outre la corr. inédite avec Bodmer, Breitinger et le Dr. J. C. Hirzel à la Bibl. centrale de Zurich. Voir la bibliogr. donnée par Bouvier.

2. Sauf les trois premières, datées du 2 avr., du 3 et 12 mai 1756 (en mscr. à Zurirli).

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