‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 163 sur 505 · A. Br., I,p. 262 s · texte numérisé non relu

A. Br., I,p. 262 s

4. Le travail semble avoir commencé en été 1757, au retour d'un voyage dans l'Appenzell, où le projet aurait été conçu (contrairement à l'indication donnée à la dédicace d'Araspes et Panthéa). La préface, datée du 30 mai 1759, est postérieure à l'impression; celle-ci se poursuivit au cours de l'année 1758. Le 14 févr., W. déclare y travailler depuis quelques mois (Zehnder, p. 529; L. à Zellweger, du 19 févr. 1758). Mais en nov. 1757, Zellweger en avait entendu parler, sans savoir encore exactement le sujet, ni s'il s'agissait d'une pièce dramatique ou d'une histoire (A Bodmer, 14 nov., inédit). Le 2 mai 1758, Zellweger loue les deux prem. chants : « Cyrus me parait un chef-d'œuvre de l'art, le corps en est tout nerf et tout suc, animé par un esprit brillant, sublime, ravissant, et extrè-

loin de son propos, celle pour laquelle il avait l'appui de la Cyropédie : un récit de bataille, qui met en valeur les qualités du capitaine, ce qui est d'ailleurs la moindre de ses vertus. Il est vrai, le génie militaire est au service d'une mission providentielle. Ce conquérant est le bras de la justice divine; il ne combat que pour délivrer les peuples asservis et défendre les droits de ses frères l; il sait que tout prince est le fils d'une femme, comme les esclaves qui sont à ses pieds, que ce n'est pas la naissance qui fait les rois, que ce qui les élève au-dessus de leurs sujets, c'est une plus grande vertu, une sagesse supérieure 2. Cyrus abhorre la guerre, et sur le champ de carnage il « verse des larmes que recueillent les anges » 3. Il tire l'épée pour la cause de tous les peuples, solidaires dans la répression de l'injustice et le rétablissement « des droits naturels » 4.

Mais le monde, que Cyrus voudrait bâtir, il ne surgira que dix ans plus tard dans le Miroir d'or; il se refuse encore à ce « héros philanthrope, législateur philosophe, le meilleur des hommes et des princes » 5.

Celui-ci n'était qu'une ombre irréelle, faite de vertu abstraite, à la façon dont le statuaire antique, selon l'idée que Wieland se faisait de son art d'après Winckelmann, concevait son modèle plastique. L'artiste moral ne pouvait-il combiner de même les qualités de l'âme, en vue de la plus haute perfection, de la virtuosité parfaite? Que les Grecs aient le privilège de « la vraie beauté », pour les caractères et les sentiments aussi bien que pour la figure et le contour, il n'était peut-être pas interdit, tout en copiant Xénophon et Plutarque, de faire appel aux grâces morales de Thomson et de Glover. Ne suffisait-il pas d'éliminer le merveilleux, les machines de l'épopée, pour rester dans « l'ordre de la nature » ?6 Tout comme « le peintre le plus parfait devrait être pour l'inven-

mement instructif. ■ (Inédit.) Les Werke indiquent a tort 1757 comme date de composiii il Gruber1, I, p. 110). En nov. 1758, W. craint déjà de

ne plus pouvoir continuer. (A. lir., I. p. 303.)

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