Vorbericht, A III, p. 89 ss
tion et la composition un Raphaël ou un Maratti, pour la force un Angelo, pour la grâce un Corrège, pour la répartition de la lumière et de l'ombre un Rembrandt » 1, le poète qui unirait « la naïveté d'Homère, le sublime de Milton, la simplicité majestueuse de Glover, la délicatesse de Thomson », l'emporterait sur tous ses devanciers.
Ce n'est qu'à l'exécution que Wieland put se rendre compte de sa présomption, et qu'il était chimérique de se proposer de fondre le naturel de la Cyropédie avec l'utopie de Ramsay. Sans prendre garde à l'avertissement de Shaftesbury, il s'était cru en mesure, sinon de construire de toutes pièces, du moins de parachever le type idéal du prince, comme Richardson avait fait celui de l'honnête homme et de la femme vertueuse, abandonnant par ailleurs à « des peintres plus dignes le Cyrus de notre temps », l'auteur de Y Anti- Machiavel.
La dernière aberration de son idéalisme poétique à l'école de Bodmer. Pour s'en affranchir, il n'était pas inutile de la poursuivre jusqu'à l'épuisement des forces, de constater l'échec d'une virtuosité abusée par Y ut pictura poesis. L'expérience serait d'autant plus décisive qu'elle aurait été faite avec plus de conviction et de circonspection. Pour la première fois, en effet, Wieland travaillait en connaissance de cause, avec un « esprit socratique » et un talent consommé, en vue d'affirmer sa maîtrise. II avait longuement réfléchi à la manière de traiter son sujet, pensant qu'il appartient au poète de se faire son style, et qu'à chaque œuvre revient une tonalité particulière, aussi peu transmissible que la ligne d'une Vénus de Médicis 2. Mais cette tonalité originale, il l'avait cherchée dans les chefs-d'œuvre de la littérature; elle n'était qu'une combinaison de coloris. Pour Cyrus, elle devait se tenir entre la « nature sauvage » d'Homère et la « belle nature » de Thomson, « mais plus près de Thomson »3. L'auteur pensait se conformer au précepte d'Horace : verae numéros modosque ediscere vitae ; mais les formes du réel, il les épiait dans les œuvres de l'art, persuadé que « les