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qualités du peintre sont aussi celles du poète » l. C'est ainsi qu'il apprend à regarder, à saisir un trait juste, une nuance exacte, en observant le crayon de Gessner et Fuessli; qu'il prend lui-même des leçons de dessin.
Cette application, il la rapporte à son écriture, faisant d'une longue patience la vertu du génie. Autant que les connaisseurs, il veut se satisfaire lui-même 2. Il œuvre en bon artisan, avec un soin scrupuleux.
Vous ne sauriez croire combien je peine sur la versification et le style de mon Cyrus. Les enfants de l'esprit sont engendrés rapidement et avec plaisir : mais ensuite vient l'effort et le travail pour les modeler, les polir, les amener à maturité. J'ai donné peu de ce travail à mes œuvres antérieures. Mon Cyrus doit être aussi parfait qu'il m'est possible de le faire 3.
Au sortir des « sphères supérieures », il éprouve combien il est difficile d'atteindre à une telle pureté de ligne, à une telle aisance ut sibi quivis speret idem 4. Aussi ne se lasse-t-il pas de remettre l'ouvrage sur le métier. « Pas un passage qui n'ait été remanié dix fois »; le premier chant l'aurait été plus souvent encore, tant Wieland a d'exigences pour l'expression, l'harmonie des couleurs et des sons. Il ne s'agit pas seulement « d'embellir la nature sans lui faire perdre ses proportions » 5, comme il dit de Shakespeare, mais encore de parvenir à la musicalité, qui est pour lui le propre de la poésie, verba fidibus modulenda 6. A qui lui reprocherait encore son séraphisme, il ferait valoir « que toutes ses images et métaphores ont été choisies dans les poètes grecs, latins, italiens
1. A. Br., I, p. 274 : « Je crois que les ouvrages des grands dessinateurs, peintres et sculpteurs sont la meilleure étude pour un poète, comme les ouvrages des grands poètes sont les plus capables de former les esprits et le goût et d'ouvrir les carrières au génie d'un jeune peintre... »