A IV, p. 145. Cf. Proleg., VI-VII, n
5. Lit. Br.-LESsiNG : Werke (Hempel), 9, p. 229 s. Lessing lui a durement reproché son plagiat et va jusqu'à refuser à W. toute part d'invention : « Und wenn er Rowe nur noch bloss einzelne Stellen zu danken hatte! Ailein so hâter ihm auch den ganzen Plan zu danken, und ich kann ohne die geringste Ubertreibung behaupten, dass fast keine einzige Situation sein eigen ist. »
d'une humble chaumière ». Il représentait bien la beauté de la vertu, mais non pas de la façon la plus émouvante, en la peignant au lieu de la faire agir. Du complexe d'intrigues et de passions, il n'avait gardé que le martyre d'une jeune reine. Avec le fond trouble de la scène politique, c'étaient tous les ressorts du drame, le conflit des caractères et des intérêts qui disparaissaient 1.
Il restait la mort d'une sainte, d'une sainte platonicienne et protestante, trop faible et trop détachée pour figurer une héroïne, ou même pour apitoyer. Sa vertu est toute de résignation et d'abandon : elle n'a ni la réaction des nerfs, ni l'impulsion de la vie. Elle subit seulement, ainsi que l'avait fait Isaac, un sort auquel elle reste étrangère, à la façon d'une aventure de songe, sans résistance ni effroi. Du même pas égal, elle monte sur le trône et sur l'échafaud, n'ayant pas eu part à son destin. A peine a-t-elle pu être troublée un instant par l'appel des siens, de son peuple. Mais que lui importe le monde extérieur et la raison d'État? Elle est en dehors. Libre de désirs, elle se laisse conduire : « 0 ciel, guide ta créature incertaine, que ta volonté seule agisse dans la mienne!2 » Rien qui la retienne; pas plus femme que reine. « L'amour te donne du courage, dit-elle à son époux Guilford, moi, il me fait trembler 3. » Elle n'a vécu jusque-là « que pour la gloire de mourir un jour4 ». Pas plus que la couronne, sa nuque frêle ne supporte l'existence. Elle appartient à tous et à personne, à son mari, à sa famille, à sa religion, et au bourreau : « Prenez-moi, faites de moi ce qu'il vous plaira ! » Résister au destin serait pour elle « d'un faux héroïsme » 5.
Qui la plaindrait? Elle n'a pas de larmes pour ceux qu'elle entraîne à la mort. N'est-ce pas « le réveil d'un songe agité, l'accès au vrai bonheur »?6 Jeanne ne sacrifie rien, n'étant qu'une ombre qui va rejoindre une autre ombre, le roi Edouard « qui aime son
1. Mendelssohn : Bibl. der schôn. Wiss. IV, St. 2 (1757), p. 781-802 {Ges. Schriften, 1844, p. 495.) Cf. Stilgebauer : Wieland ats Dramaliker (Zeitschr. f. vfrçtLit.Gesch.,N. F. X,p. 324) ;E. Marx : Wieland und das Drama. FreieForsch. f. Lit. Gesch., hgg., von Fr. Schultz; Strasbourg, 1914.