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âme ». « Mûre pour le ciel », elle n'a déjà de commerce qu'avec les anges. Comment servirait-elle son peuple ou sa religion? La hache, qui fait voler sa tête, accuse seulement l'intolérance de l'autre Église et la rivalité de la reine Marie; elle ne consacre pas une martyre. Aussi bien n'y a-t-il chez Jeanne, au lieu de foi active, qu'une mysticité vaporeuse. Elle ne tient à sa religion que par raison sentimentale ou par vague humanisme. Le triomphe de celle-ci est l'affaire du ciel 1. Dans sa propre défaite, elle voit l'hostilité de la réalité à son rêve de quiétude : « Douce paix, insouciance heureuse, sérénité et contentement de mon enfance innocente, jours passés dans la paix au sein de la nature, en compagnie des sages de la Grèce, jours dorés, nuits tièdes, où je reposais dans des songes légers, qu'êtes-vous devenus? 2 »
L'existence ne lui serait, ainsi qu'au roi Edouard, qu'une pénible épreuve. Si encore ces transports partaient d'une âme ravie! Mais ils ne sortent que d'un esprit spéculatif et chimérique, tel que celui du poète; d'une imagination sans fraîcheur ni ingénuité, qui se meut dans l'abstraction. Même quand elle pleure, elle ne souffre ni ne regrette; elle savoure seulement son innocence. Elle ne renonce pas, elle fuit : « Je viens, je viens : prends-moi, mort souhaitée, hâte-toi, rends-moi à leurs baisers. » Il lui manque ainsi le seul motif qui aurait donné quelque valeur tragique à son sacrifice, celui de la réparation d'une faute, d'une purification 3. Pour faire d'elle une victime, il aurait fallu donner à Northumberland, son beau-père, plus de relief et d'importance. Wieland s'est privé du moyen qui lui était fourni d'animer cette scène si vide 4. Car les autres caractères ne sont guère plus que des
1. L'édition de 17G2, dans les Poeli.iche Sckriften, porte en sous-titre : DerSieg der Religion.