An Psyché, Hempel, 12, p
pas à les trouver chez un jeune homme 1. » Ne pouvant prétendre chasser une image plus avantageuse, il cherche à intéresser l'esprit, et se donne des airs d'édification, « laissant paraître que c'était la façon la plus noble de lui témoigner mon amour ». De plus en plus persuasif, il lui prouve « qu'elle ne saurait être heureuse sans un ami tel que lui ». « Je ne crois pas qu'il soit possible d'être plus tendre que je l'étais. Mon amour était le vœu le plus désintéressé de sa félicité ici-bas et dans l'éternité. » La jeune fille désemparée comme elle était alors, ne serait-elle pas touchée par tant de ferveur? Tout en « pleurant souvent sur l'impossibilité évidente de notre amour », elle céda à la grave assurance de son fantasque cousin, elle se laissa gagner par son illusion 2.
Peu de temps avant la mort de Sophie, Wieland lui en rendit encore ce témoignage :
Je ne vous connaissais pas alors, il est vrai, plus que je ne me connaissais moi-même; je ne me figurais pas qu'on pût vivre autrement que pour vous et avec vous. Mais c'était un monde idéal dans lequel je vivais, un monde véritablement magique, et la Sophie que j'aimais avec une si grande ardeur n'était elle-même non pas Sophie Gutermann, mais une idée de perfection qu'elle semblait encore parer, avec laquelle elle se confondait, et qui devait tout naturellement produire ce merveilleux amour platonique, dont j'ai tenté plus tard, dans Agathon et plusieurs autres ouvrages de donner un aperçu : une délicieuse illusion qui eut une influence si puissante sur toute ma vie intérieure 3.
Il est vrai, la poésie n'est pas encore si détachée de la raison qu'elle puisse voiler les conditions pratiques du bonheur, et l'étudiant de dix-sept ans n'entend pas se fiancer à une muse. Le romantisme est encore loin. Combien l'enthousiasme s'empêtre de sagesse, et ce que comporte de déguisement le climat moral de l'époque, on s'en rend compte par la curieuse confession, qui semble
1. A. Br., I, p. 68 s. « Sie las ein Manuscript von mir durch, welches einen Ver- Buch «iner Tugendlehre enthielt (jetzt aber von mir verbrannl worden); dièse Sclirift machte sie mir selir gewogen... Damais verprach sie mir, ihre Empfmdungen zu sclireiben, und dièses war der Anfang meiner Zufriedenheit. ■
2. Qu'il y eût fiançailles officielles, il semble difficile de le mettre en doute. (Euph. Ergzh. 3, p. 78; A.Br., 1, p. 238).