Horn, p
devoir justifier le vœu sentimental. Qu'elle soit écrite à l'intention de sa cousine qui habite sous son toit, et rédigée en français, ce qui ne va pas sans transposition, voilà ce qui montre bien l'émulation intellectuelle qui s'est établie dans leurs rapports \ et aussi l'attrait exercé par la culture mondaine de Sophie. Nul doute qu'au moment où il engage sa vie, Wieland n'apporte à cet examen la plus grande sincérité. Il croit se connaître, et savoir ce qu'il peut demander à l'existence. Il lui importe de se montrer, sinon tel qu'il est, du moins tel qu'il veut être, de révéler l'image encore confuse qui se forme dans sa conscience. Avec une singulière lucidité, il dresse le bilan de son bonheur : il annonce ce qu'il entend offrir et recevoir.
Recevoir surtout : il s'agit de concilier la raison. Qu'attendre de « l'unique personne... qui possède toutes les qualités nécessaires pour donner à son cœur toute la tendresse possible et de la constance et de la satisfaction infinie à son esprit », si ce n'est son « vrai bonheur », c'est-à-dire la réalisation complète de lui-même? Car il réclame cette satisfaction totale :
Je prétends être tout à fait content, n'avoir rien plus à souhaiter et surtout avoir du plaisir spirituel plus que sensuel, et la matière, la gloire, la plupart des biens du monde ne savent pas me donner cela.
Comprenons que 1' « état de parfait plaisir de tranquillité » auquel il aspire, ce n'est « pas tant le plaisir, mais l'apaisement; pas tant le sentiment que la sagesse » : c'est-à-dire l'unité d'une existence équilibrée et épanouie sur le plan moral. Or, c'est affaire d'esprit plus que de cœur : « Je puis assurer avec bien de certitude {sic) que c'est mon esprit qui a rendu mon cœur un des meilleurs que ceux de mon sexe puissent avoir », car ce cœur ne s'attache pas « aux biens trop passagers pour nous faire un plaisir durant {sic), et trop grossiers pour satisfaire aux infinis désirs de notre âme », il est « trop délicat » pour « se contenter de la jouissance des choses qui ne font que charmer les sens et l'imagination pour peu de temps... » Mais l'esprit n'est pas moins