‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 174 sur 505 · Hihzel, o. c, p · texte numérisé non relu

Hihzel, o. c, p

« Peut-être lui passera-t-on ailleurs ses défauts de caractère et d'éducation, en considération de ses mérites littéraires. 1 »

Pour sa part, Wieland avait aussi besoin de changer d'air. Il pouvait bien « pardonner au bon vieillard d'être poète en dépit de la nature », et rendre justice à son mérite réel ; il n'en constatait pas moins « que la droiture et la bienveillance ne lui serviraient de rien auprès de cet homme singulier », si entiché de lui-même 2. Il en avait assez d'être tenu en laisse. Il se sentait l'esprit plus libre et le cœur léger, prêt à secouer son austérité d'emprunt. En attendant de donner cours à sa fantaisie, il se divertit, il joue, il lit l'Arioste. « Vous me trouverez successivement accompagné de quelques dames décrépites, et de jeunes gens et de jeunes filles, de philosophes, de commerçants ou d'idiots 3. » Il s'ennuie, rêve d'une mansarde à Paris, « au pays des perruquiers et des poètes », où il pourrait fréquenter « tous ces excellents esprits qui ont Dalembert et Diderot à leur tête ». Pour un peu, il écrirait à l'auteur des Bijoux indiscrets, ou bien il partirait pour Marseille, où on lui offre un préceptorat chez une dame « qui lit Locke et Leib-

1. A KUnzli, 8 oct. 1758 (Hirzel, p. 135). Kunzli écrit un peu plus tard, le 12 avr. 1759, au sujet de W. : « Wâre es nicht besser, er ginge nach Hause... so lernte er gewiss sich und seine Umstande besser kennen. NU fuit uni/uam sic impar sibi. »

2. A. Br., I, p. 364 (en franc.). W. ajoute : « Je me trouve dans une situation délicate par rapport à lui, et si la prudence la plus mesurée ne vient pas à mon secours, je vois bien que la droiture et la bonté de mon cœur ne me serviront de rien auprès de lui. C'est un homme si singulier! Je ne parlerai de lui à Berne qu'avec des marques de reconnaissance et d'estime, je me montrerai par degrés tel que je suis, le voile tombera, le fanatique, le bodmérien, deviendront ce que tous les fantômes, mais je marquerai des égards pour Mr. Bodmer, et les gens raisonnables ne regarderont que mes motifs » (26 avr. 1758). Cf. p. 353 : «Bodmer fait tragédie sur tragédie... Nous sommes un peu différents de sentiment sur ces choses-là, et je prends la liberté de dire ce que je pense; mais on me renvoie aux Français et au parterre de Paris. »

3. A. Br., I, p. 324 (1er févr. 1759). Cf. p. 333 ss. : « Ich will Ihnen einmal, was ich noch nie getan habe, eine ausfiihrliche Idée von meinen Umstânden geben und Sie dann urteilen lassen, ob es môglich sei, dass ich (wenigstens gegenwârtig und so lange ich sogar nichts heiter um mich her sehe) dièse innerliche Stille, und dièses Gefuhl eines behaglichen Zustandes haben kônne, ohne welches ich an meinem Teil zum Denken und zum Arbeiten unwillig bin. Es gibt Sorgen, welche uns eine gewisse difficulté d'exister machen... Ich fand an einer der tugendhafteslen und klùgsten Damen eine zweite Mutter. Man machte mir die vier letzten vergangenen Jahre meines Lebens so angenehm, dass sie nur von dem 1750 sten iibertroffen werden kônnten. »

nitz » 1. A moins de trouver une brave fille bien dotée qui « descendrait du monde possible pour faire son bonheur ». Elle devrait « avoir des idées peu communes », ne pas être trop jeune, à cause de son aversion pour les jeunes filles, « plutôt au-dessus de trente ans qu'au-dessous de vingt » 2. Mais où la trouver? Il ne peut prétendre pas plus à Mélissa Schulthess qu'à Elisabeth Meyer von Knonau 3.

Une visite à Brugg, au printemps 1759, lui permit de préparer le nouveau personnage qu'il jouerait à Berne, où il s'était décidé à se rendre 4. Pour y paraître en homme d'esprit, il entendait accuser le pli humoristique de sa physionomie, donner dans le persiflage et l'impertinence. « Lisez le Zadig de Voltaire, écrivait-il à Zimmermann, et réjouissez-vous de l'honneur de déplaire aux Liliputiens, indignes de votre mépris. Vous me disiez, il y a quelques semaines : vivre avec soi-même et donner le monde au diable, voilà mon système ! 5 » Il aiguise sa verve à la frivolité des Lettres persanes ou des Bijoux indiscrets, non moins qu'à la satire de

1. A. Br., I, p. 331, 276 : ■ On m'a fait une proposition de gouverneur dans une noble et riche famille de Marseille (protestante) qui s'appelle Semandi..., la mère est dame d'esprit qui lit Locke et Leibnitz. Cf., p. 329 : « Sie bewundern Diderot u. andere ihrer wiirdigen Mitarbeiter an der Encyclopédie nicht mehr als ii ii

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