‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 186 sur 505 · A IV, p. 415 SS · texte numérisé non relu

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de sublime, de grâce, de versification », ce n'est pas Homère ou Shakespeare qui vient en tête, c'est Thomson, « le Corrège des poètes, qui combine la sagesse socratique avec le génie poétique ». Si dans la poésie lyrique la supériorité appartient à Pindare et Anacréon, les modernes ont Pope et de Bar. Si la France a Molière, le plus grand des comiques, « parce qu'à la fougue de Plaute, il joint les grâces de Térence, et aussi parce qu'il a un excellent cœur, un caractère de droiture », l'Allemagne doit se contenter de ses Minnesânger et d'Opitz, qui « n'a pu arrêter le mauvais goût ». En somme, pour une bonne part, l'éclectisme de Bodmer. Il est vrai que, dès 1758, Wieland ne cite plus Thomson parmi ses ouvrages de chevet, en même temps qu'il lâche Young pour Prior et Gay 1. Plus manifestement peut-être se fait sentir l'influence de Bodmer dans le cours d'histoire, qui s'ouvre par un hommage à la Grèce, « patrie des arts et de la liberté ». Dans l'esprit de Montesquieu Wieland cherche à dégager, dans la vie des grandes nations modernes l'évolution qui conduit de la barbarie du Moyen Age à l'avènement de la raison 2. Il considère le passé, avec Bolinbroke, comme « une philosophie appliquée », d'où l'on peut prendre la grande leçon de l'expérience humaine 3. Après la décadence du monde antique et de la religion naturelle, « la vraie religion », par la faute de l'Église, qui aurait détruit « la saine moralité » en opprimant les consciences4, il fallut la résurrection de l'art et de la pensée pour venir à bout de l'imposture et rétablir le droit. Il faudra peut-être une nouvelle révolution pour achever l'affranchissement, à moins que les princes ne fassent droit aux revendications des philosophes et n'en prennent l'initiative. Les constitutions actuelles ne seraient plus que des édifices menaçant ruines, et qu'il y aurait lieu d'abattre. Grâce à l'affaiblissement du clergé les princes n'ont-ils pas les mains libres? Qu'ils se hâtent avant que l'accroissement du luxe et la dépravation générale ne conduisent à une catastrophe6. Quoiqu'il en soit, avec ou sans perturbation,

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