‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 187 sur 505 · A IV, p. i · texte numérisé non relu

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l'humanité va au devant d'un avenir meilleur. L'état actuel de l'Europe n'encourage sans doute pas cet optimisme ; mais la jalousie et l'ambition, qui troublent les rapports des puissances, finiront pas s'effacer devant un ordre plus sain, qui réaliserait le rêve de paix perpétuelle de l'abbé de Saint-Pierre l. Pour ce qui est de l'Allemagne, l'Autriche catholique et conservatrice ne fera-t-elle pas place à l'hégémonie d'une puissance protestante telle que la Prusse. L'auteur de Cyrus n'est pas en reste de sentiments républicains et pourrait se référer, pour sa foi rationaliste, à la préface de l'Encyclopédie.

Dans l'instruction religieuse, il était difficile au précepteur de s'écarter ouvertement de la doctrine officielle « qui n'était pas la sienne ». Tenu à préparer ses élèves à leur confirmation, il lui fallait accepter un compromis avec le dogme. Du moins ce compromis est-il mesuré aux fins pratiques, laissant passer assez de « lumière naturelle » pour interdire les empiétements de la foi. La révélation, ramenée à sa source, n'est plus qu'une directive pragmatique, tendant à rétablir l'intégrité de la conscience 2. Débarrassée des interpolations, de la gnose et des subtilités théologiques, elle n'a d'autre objet que le bonheur. Encore ne doit-elle pas être prise pour définitive. Elle se poursuivra avec les progrès de la raison et le perfectionnement de la nature3. L'important, c'est que la religion redevienne une affaire de cœur, comme l'avait voulu le Christ après Socrate, qu'elle tende essentiellement à réaliser notre fin raisonnable. La valeur de la doctrine se détermine par la conduite qu'elle inspire et sa conformité « aux lois générales et particulières de la nature », qu'elle soit attestée par l'autorité divine ou l'expérience humaine4.

Pourquoi, dès lors, s'en prendre aux détracteurs de la Bible, au nombre desquels Shaftesbury, Mandeville, Bolingbroke, Voltaire, « des hommes dont le talent supérieur ne fait que souligner l'ignominie, témoignant, par leur conduite, que les contempteurs de la religion sont aussi traîtres à la vertu, souvent les pires hypocrites,

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