A. Br. II, p. 93 s
3. Dès 1756, W. avait été invité par Tscharner. Cf. Hamel : Brieje v. ./. '.'. Zimmermann, Wieland und. A. von Haller an V . S. Tscharner, 1881, p. 57 s.
4. A. Br. I, p. 316, 322, 341, 344, 347. Dès la fin de 1758, Zimmermann s'était adressé à Tscharner, qui n'avait pas donné suite, craignant que le « climat de Berne » ne fût pas favorable à W.. Stapfer par contre s'employa auprès de Sinner. VV. accepta le 6 avr., après avoir été sur le point de refuser, pour ne pas être à la merci « des nobles bernois », alléguant des propositions avantageuses venues de Berlin. (Cf. L. de Sulzer du 17 mars 1759 dans Kôrte).
philosophique » avec le titre significatif du Cosmopolite, déjà projetée pour Zurich1; en même temps il demandait à Zimmermann « d'ouvrir les yeux des Bernois » sur son compte par un article sur ses œuvres de jeunesse, dont la série en prose venait de paraître -. Au professeur Daniel Fellenberg, le médecin de Brugg annonça un Wieland qui serait « l'homme de toute l'Europe le moins connu, et celui qui mériterait le plus de l'être... ». Un Wieland qu' « on aurait tort de juger d'après ses ouvrages, auxquels tout le monde se tromperait... ».
On a cru que c'était un poète qui n'aimait à vivre que dans les régions supérieures; je crois que c'est le philosophe le plus profond et le plus agréable; on a cru que c'était un homme entêté, et je trouve que c'est l'homme le plus facile et le plus complaisant; on a cru que c'était un enthousiaste, et je trouve que c'est un esprit de justesse, de précision, qui, par là même, fera honneur à son siècle; on a cru que c'était un homme fermé à certaines sciences, et je trouve que c'est un esprit universel. 11 a une connaissance profonde de l'histoire, de la politique, de la législation, de l'esprit de tous les pays et de tous les siècles. Il méprise sa nation et fait un cas infini des Anglais et des Français. Les deux modernes, qu'il estime préférablement, c'est Shaftesbury et Diderot. Il voudrait n'avoir rien écrit jusqu'ici : ses ouvrages lui déplaisent souverainement pour la plupart... Ceux qu'il a écrits à Zurich ont été engendrés par des circonstances particulières..., il n'a envisagé que leur goût (des dames), leur façon de penser, et il ne peut assez regretter de n'avoir pas écrit pour les hommes... Son Cyrus, qui est sous presse, est à son avis un ouvrage... qui ne pourra que plaire dans tous les pays et dans tous les siècles... Mais, ce qu'il y aura de plus beau, ce seront des feuilles dans le goût du spectateur qu'il donnera à Berne, et qui prouveront à l'homme de génie, aux esprits médiocres et aux sots les talents extraordinaires et l'universalité des connaissances de notre ami 3.
On ne pouvait faire davantage 4.
1. A. Br. I, p. 370 s. et 376. Zellweger ne croyait pas au succès de cette revue à Zurich. Cf. Hirzel, p. 134.
2. Un art. parut effectivement dans le journal italien édité par Tscharner : Estratte délia litteratura europea, 111 (1759), p. 281-283, sur le recueil des Prosaische Schrijten, parues en 1759, en 3 vol. Cf. A. Br. 1, p. 277 s.
3. L. reproduite par von Mulinen : Wieland in Bern, nach gedruckien und ungedruckten Schriften, Separatdruck aus den Sonntagsbeilagen d. Allg. srhweiz. Zeitung n° 43, 44, Bàle (1899) (Cf. A. Br. I, p. 367 s.).
4. Cf. Tscharner à Ziramermann, 10 mai 1759 : » Vous avez fait tout ce qui dépend de vous pour ouvrir les yeux aux Bernois sur son compte et lui préparer une bonne réception. » Mais ni Tscharner, ni Fellenberg ne croyaient au succès
Cependant Wieland se préoccupe de ne pas « jouer un personnage par trop ridicule ». Il corrige son français « de quelques barbarismes », il renouvelle sa garde-robe, se met dans le ton *. Il paraîtra en philosophe comme à Zurich il avait paru en poète; et même il laisse entendre qu'il pourrait entrer « dans une espèce d'ordre, qui unirait les philosophes comme les frères maçons, afin que, sans faire de bruit, ils se fassent les maîtres du monde et de ceux qui les gouvernent » 2. Première manifestation d'une ambition secrète, à laquelle Ramsay pourrait bien ne pas être étranger. Par ailleurs son Histoire secrète fera valoir son esprit, étant « tout ce qu'il y a de plus spirituel, de plus généreux, de plus plaisant et de plus instructif en même temps » 3. Ce serait son introduction dans un milieu voltairien, comme l'avait été V É pitre sur la mission d'un écrivain dans un milieu puritain.
Ce n'est pourtant pas sans appréhension que Wieland quitta Zurich en juin 1759. Bien que les liens, pour la plupart, se fussent défaits, c'était pour ce sédentaire une épreuve toujours pénible que de s'arracher à sa coquille4. « Je reviendrai chaque année, promettait-il à Bodmer; veuille le ciel que mon seul désir, celui d'une retraite calme et convenable dans votre région, soit exaucé!5 » Mais, à part l'arrêt, l'année suivante, pendant son voyage de retour à Biberach, il laissera passer trente-sept années avant de revoir le panorama du Zuricherberg, confident de la rêverie de sa jeunesse. Le chalet, après la mort de Bodmer, avait été transformé par son nouveau propriétaire, un fils de Meyer
de W. à Berne. Ce dernier à Iselin 28 avril 1759 : « Je crains beaucoup qu'il ne soit goûté chez nous, qui nous attachons surtout à l'extérieur des hommes. • Cf. L. de Iselin àS. Hirzel fin avril 1759 dans Archiv. f. Litgesch. XIII, p. 212. Kùnzli croyant savoir par le jeune Grébel que W. se proposait de se présenter chez les de Bonstetten, remarque : « W. schickt sich fur keinen nobile di Berna » (inédit à Bodmer, 19 mars 1759).