Hamel, o. c, p
4. Cité par Tobler (Neujahrsblatt der Lit. Gesellsch. Bern a. d. J. 1896).
5. Sinner de Balaigues : Prospectus a"un voyage historique et littéraire en Suisse, Neufchâtel 1781, p. 141 (cité par de Reynold : Bodmer, p. 80).
visites, on se promène, on va voir les maisons de campagne de ses amis, on excursionne, on mange, on boit, on s'ennuie ou on fait semblant de s'amuser » l. Malgré la surveillance stricte de la police, une certaine aisance s'insinuait dans les mœurs et dans les idées, si comprimées qu'elles pouvaient être par la discipline hiérarchique et la morgue des « hauts et puissants seigneurs ». La naissance l'emportait toujours sur le mérite, au point que Haller faisait plus de cas de son fauteuil au Conseil que de ses titres scientifiques; une certaine dignité pointilleuse se raidissait contre la politesse et le goût des plaisirs, que développait le prestige politique dont Berne tenait son caractère de résidence. Mais tout de même, les demeures patriciennes s'ouvraient à la mode étrangère; des livres réputés dangereux circulaient, et dans les salons, aux tapisseries et meubles français, le divertissement avait un petit goût de fronde et de scandale. A la dévotion de rigueur se mêlait ainsi une jovialité qui n'allait pas sans quelque lourdeur, un vernis de frivolité, auquel manquait sans doute un fond de vraie culture, mais qui en avait cependant les apprêts.
La ville de l'ours eut alors « ses délices », comme dit un chroniqueur mondain de l'époque 3 :
De même qu'Amphion et Orphée ont policé leurs compatriotes par le chant et les ont convertis à des mœurs plus douces, à une délicate jouissance de l'existence, trois grâces vaudoises apportèrent d'une région plus clémente des sentiments et des joies charmants sur les rives de l'Aar glacée, ombragées de sombres forêts de sapins.
Ces trois grâces, les sœurs Warneri, qui présidaient à une cour d'amour, analogue à celle de Lausanne où régnait la belle Suzanne Curchod, devinrent les dames Wyss, de Watteville et V. B. Tscharner. Par elles, un air de galanterie pénétrait à Berne, tandis que l'esprit de Voltaire y exerçait sa séduction, en dépit de Haller, enfermé dans sa gloire de savant.