‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 20 sur 505 · A. Br., I,p · texte numérisé non relu

A. Br., I,p

sable de ses errements et de ses « donquichotteries ». C'est le prestige de sa nature plus unie et plus délicate, et de la grâce aristocratique de ses manières. « Elle avait une foule de talents exquis, soit naturellement, soit par l'éducation et la fréquentation du grand monde; elle avait vécu des années, avant que je l'aie connue, avec des personnes du premier rang qui la traitaient comme si elle avait été leur égale, en raison de ses qualités 1. » Ce n'est pas le charme auquel était le moins sensible le jeune étudiant :

Aucun roi d'Europe ne peut se vanter d'avoir eu une maîtresse aussi aimable que moi entre dix-sept et vingt et un ans. Pour s'en faire une idée, il faut se représenter les nymphes du Corrège, la Panthée de Lucien, l'Armide du Tasse. Que pouvait-elle trouver, la petite folle, à un pédant comme moi?

N'est-ce pas justement à quoi tient le prestige de Sophie? Elle assigne à son existence une autre valeur que la connaissance, elle sauve son esprit de la spéculation et du doute par un charme idéaliste. Quel attrait pour lui que cet intérêt littéraire, que ce goût des choses de l'esprit : « Je me réjouis de penser que le portrait de ma bien-aimée fera pâlir un jour celui d'une Chàtelet, d'une Bassi ou d'une Gottsched! 2 » L'intimité intellectuelle, plus que le sentiment, l'enchante. N'est-ce pas comme un prélude à la vie esthétique qu'il se prépare?

Cet allégement de la conscience apparaît dans la fantaisie badine, dans le marivaudage galant d'un compliment que l'on a récemment retrouvé 3.

Les yeux noirs de Vénus, quand elle sortit des ondes, étaient-ils plus ravissants que ceux de ma Sophie quand le soleil s'y mire ?... La belle petite bouche, la patrie des grâces, ravit quand elle est fermée, ressemblant à une jeune rose..., autant que si, par un doux sourire, elle montre la sérénité d'une âme divine... Son teint est plus brun que blanc... l'éclat des astres, comment est-il élevé par l'obscurité d'une belle nuit ?

1. Dans une lettre non datée (Horn, |>. 17 ss.), Wieland remercie Sophie d'une » fable » (un conte?) qu'elle lui a envoyée, l'encourageant à poursuivre l'histoire de sa vie.

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