Horn, p
3. Proleg. VII, p. 5. Cf. le portrait en vers A. Br., I, p. 93.
wieland 3
Premier tâtonnement, dans la langue des grâces, d'un jeune écrivain allemand, qui, pour stimuler l'ambition littéraire de sa cousine, lui assure pourtant que l'allemand est plus beau que le français. Trouvant déjà sa prose « incomparable », il espère que ses vers le seront bientôt aussi 1.
C'est ainsi que le sérieux de la vie se dissipe dans le divertissement de l'esprit : c'est la façon d'éluder les préoccupations d'avenir, de laisser en suspens toute décision; comme les deux amants de son conte de Balsora, qui échappent par une mort simulée aux traverses du sort -.
Que cette évasion dans l'idylle prenne aussi l'allure d'un transport mystique, et se pare « de vertu angélique », c'est le fait de l'éducation piétiste, mais également du climat poétique donné par la Messiade. De prime abord, l'illusion s'est substituée à la vie. Wieland hésitera désormais à ne pas la considérer comme plus véritable que le réel. Après le mariage de Sophie, il se récriera :
Ah! pardonnez... que je profane par le nom d'illusion ton image et ce sentiment divin qui m'est resté de toi au fond de mon âme!... Ne dites pas que je me fais illusion, ou ayez la compassion de me faire expirer au même moment! Souvenir plus que délicieux, reste avec moi, ne cesse jamais de te faire sentir au fond de mon cœur, sois la dernière de mes idées à l'heure de ma mort, mon dernier sentiment, la dernière palpitation de mon cœur!... On nous a voulu tromper, nous avons eu la folie de vouloir nous tromper nous-mêmes, en traitant d'enthousiasme, d'illusion, d'extravagance, ce divin sentiment dont nous avons tant de fois éprouvé la réalité... Aucun plaisir, aucun sentiment agréable, aucun objet que j'ai voulu mettre à ta place, oh {sic) charme éternel de mon cœur, ne m'a pu satisfaire entièrement, ne m'a pu élever à ce degré de félicité intime, tranquille, ineffable, où un seul regard de toi m'élève 3.
Cette force de l'image, cette magie de la fiction, c'est sa vocation de poète. Elle ne s'impose alors avec cette décision, que parce qu'elle favorise l'aspiration du cœur, qu'elle s'offre, avec la dignité d'une mission en échappatoire à la conscience. Elle supprime la