A. Br. Il, p
science nouvelle se faisait jour, deux mois après l'arrivée à Berne. Non pas qu'une œuvre fût déjà arrivée à maturité; trop forte était encore l'agitation produite par le changement de climat intellectuel. Le procès psychologique, en instance depuis deux ans, arrivait à son point critique. Que ce soit à Bellevue, chez Tscharnor, ou bien dans ses conversations à Altenstein avec Tschiffeli, Wieland se trouvait partout en présence de questions politiques, qui reléguaient au second plan les problèmes philosophiques qui avaient occupé son esprit. Il percevait le remous produit par les discours de Rousseau dans un milieu particulièrement sensible à la passion révolutionnaire. Il se voyait renvoyé de ses songes creux à L'Ami des hommes, de Mirabeau, aux Physiocrates, aux Économistes. Que faire ici du Cyrus, de sa Satire S wif tienne, de Lucien le Jeune? Il n'était plus à la page. C'est pourquoi un projet de poème sur l'Agriculture, destiné à le mettre en faveur par une concession manifeste aux intérêts du jour, est bientôt rejeté l. Ainsi en va-t-il d'un Essai sur le Gouvernement, annoncé à Iselin comme ayant trait « au sujet le plus beau, le plus sublime, le plus important sur lequel l'esprit humain puisse s'exercer » 2. Que promettait une telle entreprise, si ce n'est l'exploitation de la matière de Cyrus, décidément abandonné, l'exposé utopique de la meilleure législation possible? Fénelon, Ramsay, Montesquieu, auxquels s'ajoute Helvétius, à qui Wieland trouve une certaine ressemblance avec le médecin de Brugg, étaient ses répondants 3. Mais l'influence de Bodmer restait prépondérante et poussait Wieland à répondre au « paradoxe de la nature » du citoyen de Genève par le paradoxe théocratique. « A la barbe des philosophes », il aurait « prouvé » que Dieu, et Dieu seul, est et peut être le législateur des êtres intelligents ainsi que de l'univers; que les lois créées par les hommes sont mauvaises, « tout étant d<\jà fait »; qu'il suffit d'interroger la nature, ou plutôt de s'en tenir à la religion « comme à la seule législation qui convienne à l'homme
1. A. Br. II, p. 41 s. Cf. Zimmermann à Tscharner (Hamel, o. c, p. 36 : « Cette nouvelle m'a bien fait rire. Vous allez changer singulièrement cet ami. »
2. Iselin venait de faire paraître son Versuch ùber die Gesetzgebung, 1 7 c> 8 . Cf. Archiv. f. Litgesch. XIII, p. 198 s. W. envoie à Breitinger en oct. 1759 le plan de cet ouvrage.