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dégradé », même si elle ne remplace pas tout à fait la nature, le seul état où « l'homme soit vraiment homme ». Mais comment connaître la nature? Les spéculateurs se seraient tous trompés sur elle; nous n'aurions qu'une idée obscure de notre déchéance. Il faudrait en revenir à Platon, à Pythagore, les seuls qui auraient deviné la « nature humaine », et faire renoncer « Messieurs les philosophes, déistes, panthéistes, épicuriens, stoïciens de notre très philosophique siècle à leurs vaines tentatives pour remédier aux maux du genre humain; il faudrait convaincre les gens de bien que l'avancement du christianisme est tout ce que l'on peut faire de plus raisonnable pour le bien réel de ce bas monde ». C'est ainsi que le sentiment religieux proteste contre le rationalisme. Mais Julie pouvait-elle encourager une telle attitude?
A la lumière de sa critique, de telles rêveries devaient s'effilocher et se résoudre en des considérations plus positives, qui aboutiront à Agathon et au Miroir d'Or. Car c'est à Berne que se détermine l'évolution prochaine de sa carrière littéraire. Que Wieland se rétracte au premier contact avec la « civilité », que son romantisme germanique se raidisse, comme il arrivera à Herder à Paris et au jeune Gœthe à Strasbourg, contre une intellectualité caustique, il n'en reçoit pas moins le ferment qui agira lorsqu'il se retrouvera dans sa ville souabe, et comme un avant-goût de la désinvolture critique de Warthausen. Mais c'est Julie, par l'examen auquel elle soumet ses idées morales, par la décision à laquelle elle l'oblige, qui va précipiter la révolution commencée par Zimmermann. Si elle le confirme dans « l'inutilité des recherches métaphysiques », elle lui fait comprendre aussi « qu'il ne faut pas toujours viser directement à l'utile, » et que, « pour obtenir de nous-mêmes ce qui nous convient, il faut user d'adresse, temporiser, tergiverser et même nous conter des fables » 1. Avec sa finesse et son tact psychologique, dont elle use avec des amies moins assurées qu'elle, telles que Marianne Fels ou la jeune Engel, et aussi avec des amis en pleine confusion comme Kirchberger et Zimmermann, elle le dirige vers le rétablissement de sa raison. « C'est du vrai que nous vivons, comme elle dit un jour à Sophie, et non pas du beau. »