A Sulzer, '.i sept. 1762 (KOrti
4. A. Br. II, p. 92 : ■ Indessen beschàftigt mich die Ausbesserung aller meiner poetischen Werke, die ich in drei bis vier Teilen herauszugeben gedenke. AUera Ansehen nach ist meine poetische Laufbahn schon durchlaufen, es wâre denn, dass irgeml ein guter Engel mir die Musse verschaffte, welcher Sie so gùtig gewesen, mir soviel mitzuteilen, als zur Vollendung meiner besten Productionen notig war. Ich weiss nicht wer dem Herrn Schinz gesagt hat,... dass ich von meinen ehemaligen poetischen Arbeiten mit Verachtung rede. Vielleicht hat er, ut fit, aus einigen Ausdriicken in der Vorrede zum Cyrus zu viel geschlossen. Dièses kann ich ihm desto leichter zu gut halten, da ich selbst in dieser eilferligen Vorrede entweder zu wenig oder zuviel gesagt habe. »
l'éloge, les retouches ne marquaient pas assez, la préface se chargeait de le souligner 1.
Non seulement Wieland ne se reconnaît plus dans cette production juvénile, pour la plus grande part inspirée par Bodmer, mais il se défend encore d'avoir jamais eu celui-ci pour maître, d'avoir été pour lui plus qu'un hôte et un ami. « Il n'a pas écrit une ligne, comme il déclare, pour lui faire la cour», pas plus qu'il n'a jamais songé à se prévaloir de ces « essais fugitifs, inachevés et prématurés ». Il ne soutient plus ni le goût dont ils relèvent, ni les sentiments qu'ils expriment.
Pour le goût, il s'en excuse sur l'époque et le pays. Ce n'est pas sa faute si, au lieu de trouver, comme jadis un jeune Grec, un climat héroïque, une patrie favorisée par les muses et les grâces, il est né dans une nation où l'éducation, la vie politique, les mœurs, sont telles qu'il faut un rare concours de circonstances pour qu'un génie poétique puisse y remplir sa mission. Dans ces conditions, lui reprochera-t-on ses errements? Le seul maître auquel il eût aimé se former, c'est Hagedorn.
Quant à l'inspiration, elle serait l'effet d'un penchant et de l'exemple des anciens. Comment a-t-on pu mettre en doute sa sincérité, alors qu'il n'a pas de sentiment plus invétéré que son amour de la liberté et de la vérité! « Un coeur ému, un enthousiasme véritable, une âme ravie par un objet réel, telle est la source de tout ce que j'ai écrit, à l'exception de Cyrus! » Ce qui est vrai, ajoute-t-il, c'est que tous les autres ouvrages ont été écrits en vue d'une personne déterminée, et dans un état d'esprit particulier. Ils seraient essentiellement des oeuvres de circonstance, auxquelles toute ambition littéraire serait étrangère. En bonne conscience, Wieland se déclare totalement dépourvu de vanité d'auteur. Au demeurant, sa carrière littéraire serait close. A son terme, il aurait à regretter, comme Théophraste, « de mourir au moment où il aurait enfin appris à vivre ».
II lui apparaît maintenant que la poésie n'est pas seulement
1. La préface est datée du 18aoûl l 61 Cette éditi levait paraître par souscription m Berne chez Tscharner (Archiv. l. Litgesch. XIII, p. 222 s.). Mais W. ne put se dégager de son éditeur zurichois. (A III, p
une vocation, mais encore un art, un art difficile, qui exige, avec l'enthousiasme, l'intuition profonde de la nature, la connaissance des secrets de la forme. C'est une musique qui ne supporte pas de fausse note, une réalisation jamais parfaite. Il lui suffit d'être le bon artisan qui sait où peut atteindre le fini et la correction d'un ouvrage. Non plus le faux idéalisme de Zurich, la peinture morale, le pittoresque rapporté, l'éloquence, mais bien la « noble simplicité », la fluidité, le rythme. Au lieu de la « caricature du beau », comme dit Diderot, le style. Il ne s'agit plus d'être original, comme il l'explique dans une lettre à un débutant, mais de dire ce que tout le monde croirait pouvoir dire, ce que tout le monde trouve beau, ce qui touche tout le monde 1.
On le voit, l'écrivain a pris pleinement conscience de son art. Dans l'atmosphère de Berne, trop sèche pour sa sentimentalité, l'esprit s'était désembrumé, le goût affermi 2. Il avait dû, au milieu d'esprits positifs et critiques, reviser ses prétentions. Il s'était rendu compte du peu de cas que l'on y faisait de la poésie, et que le vrai mérite était attribué au savoir et au talent3. On peut juger de son dégrisement au ton sur lequel il s'excuse auprès de Breitinger de son intérêt pour Julie Bondeli : « Elle me remplaçait, dans une certaine mesure, tout ce que j'avais aimé à Zurich; elle fut à la fois mon amie et mon ami. Il ne fallait pour cela rien moins qu'une personne qui, aux avantages et aux vertus de son sexe, joignit un esprit viril et des ressources inépuisables de conversation4. » C'est ainsi que Wieland était rentré dans ses limites; renonçant à jouer à Berlin un nouveau personnage, il s'était replié dans sa petite patrie souabe, où, en se montrant tel qu'il était,