Bodemann : Julie Bondeli, p. 195 s. (4 août
2. Cf. Hirzel, p. 145 : « Unser Politicus, der wie ein Schach grosse Staatsstreiche spielt, tadelt das seine (Mâdchen) so, dass er uns im Zweifel lasst, ob der Brâutigam mit seiner Seele oder die Braut, welclie keine zu haben sclieint, unter die Sehr-Aiîen zu zahlen. » Iselin trouvait également que ce laiiL.i indigne d'un homme intelligenl (Arch. f. Litgesch., XIII, p. 214). Zellweger écrivail à Bodmer, le 5 oct. 1761 (inédit) : « Je penserais plutôt qu'il faudrait lui adresser une lel l re si| ai e de tous ses amis et amies, ses amantes platoniques de Zurich, par laquelle lettre on lui dépeindrait en détail ses belles qualités et lui repri enterait ensuite ses singularités et les torts qu'il se faisait en gardant une conduite qui démentait si forl son caractère naturel et l'exposait à la risée du monde..., ou bien ne vaudrait-il pas mieux encore de l'abandonner à ses caprices et à ses folies? »
B1BERACH ET WARTHAUSEN 241
cœur usé; et malgré tant de désavantages, je prétends qu'une femme d'esprit pourrait être un peu en danger avec moi, pour peu qu'elle ait le malheur d'avoir le cœur tendre 1...
Dans la solitude maussade du greffe, la tête échauffée par la Nouvelle Héloïse, il s'était laissé aller à une petite aventure dans laquelle il manqua de se prendre. Ses lettres à Sophie et la longue relation qu'il en fit à Zimmermann 2 éclairent d'une lumière assez crue les dessous de cette histoire. A s'en tenir à cette confession, et oubliant les dissonances de l'esprit et du sentiment, on serait porté à plus de sévérité que ne méritent les défaillances de sa volonté. Pas plus que son héros Araspe, Wieland ne doit être jugé sur les motifs qu'il donne de sa conduite. Il se voit lui-même toujours dans un faux jour qui le rend meilleur ou pire qu'il n'est. Dès qu'il réfléchit sur ses « folies », il ironise, poussant le désir de franchise jusqu'au cynisme : « Vous ne me jugerez ou incapable, ou indigne d'être philosophe cynique, écrit-il à Sophie, que parce que vous me croyez incapable de bien imiter un Rousseau3. » On ne s'étonnera donc pas de ne trouver dans cette liaison peu glorieuse rien qui laissât supposer de l'enthousiasme ou de l'illusion. Dans le cadre de Biberach, elle apparaît comme une banale aventure ancillaire, dépouillée de sa fraîcheur d'idylle campagnarde, du charme naïf qui ferait contraste avec le ressentiment que Wieland gardait à Julie, « cette raisonneuse qui a la fureur d'anatomiser et d'alambiquer les sentiments, ce qui est le grand art de les anéantir » 4.
L'important, c'est toujours le vécu et non la réalité. Que Christine Afra Hagel, ou Bibi, comme il l'appelle, ait attiré son attention par « son air de candeur et d'innocence », son âme claire, simple et droite, par « le je ne sais quoi de toujours dangereux pour un sage comme moi », ou par « sa belle voix », il n'importe. Elle sut le charmer assez pour lui faire oublier qu'elle était « de