Hassencamp, p
3. Hassencamp, p. 47 : « Agité sans relâche et flottant entre la résolution ou de suivre uniquement mon penchant ou de le combattre de toutes mes forces, je pris enfin la dernière résolution, et peu de temps après, M"c Behringer étant venue à Biberach, le dessein forcené de m'interdire toute possibilité de nourrir une passion combattue par tant de circonstances, les inspirations de ma Mère et quelques autres vues me déterminèrent à m'adresser à cette fille et à précipiter même les choses, malgré tout ce que mon cœur y avait à redire. Mon imagination était dans une espèce d'effervescence, effet naturel de l'état violent de mon âme; je me servis de mon imagination contre mon cœur, je m'efforçais à trouver la B... aimable pour détruire l'idée de ma pauvre Bibi..., j'allais jusqu'à donner à Mlle B. le nom de Bibi, auquel j'étais accoutumé, pour en désigner celle qui, depuis plus d'un an, avait été l'objet de ma tendresse; enfin l'illusion que je me faisais allait jusqu'à prendre ce qui était l'effet du tempérament de la B. pour de la tendresse, et de l'aimer par reconnaissance pour le tendre amour que je lui supposais pour moi. »
BIBERACH ET WARTHAUSEN 243
du bien n'attendent que le signal pour se jeter dans les bras du premier épouseur! Une fille catholique à la barbe d'un père qui est le chef des ministres luthériens de notre république I Quelle horreur! » N'avait-il pas « formé le dessein d'en rendre une espèce de concubine »? Il la prend à la chancellerie « en qualité de ménagère », jusqu'à ce que la mère Hagel soit obligée par le scandale d'envoyer sa fille à la campagne. En dépit des serments, « partout ce qu'il avait de plus sacré, de respecter l'innocence de la petite », Wieland la reprend, faisant aux parents « des propositions capables de les tenter du côté de l'intérêt », attendant que « la nature se montre plus forte que les chiennes de conventions sociales ». Mais Bibi sait « se tirer de ses filets », tant qu'elle n'est pas fondée à se croire « son épouse par notre consentement mutuel et par la fidélité inviolable que j'étais résolu de lui garder ». Aussi bien n'a-t-elle cédé qu' « à la compassion que la vivacité de ma douleur et de mon martyre lui inspirait, confiante dans mes discours, mon sentiment et mon caractère, et sur le serment que, dès que notre amour aurait les suites que je souhaitais, je l'épouserais au moins secrètement ».
Aussi longtemps qu'elle ne se heurte pas à la réalité, l'imagination se berce de vertueux sentiments. Bien qu' « expérimenté, grâce à Dieu, en de pareilles matières », Wieland vivait son roman K « J'aime à être père, moi, et depuis que j'espère de l'être, je n'ai jamais éprouvé pour une créature qui vive une tendresse égale à celle que j'ai pour ma petite Bibi. — Sans la fatalité des circonstances, il n'y a point de mortel plus content que moi ! 2 » Mais il y a « ces malheureuses circonstances dont nous sommes victimes ». Il supplie Sophie et son mari de lui venir en aide. « Les larmes inondent mes yeux ! Que ne donnerais-je, jusqu'à la dernière
1. Hassencamp, p. 51 : « Avoir toujours auprès de soi ce qu'on aime, aimer avec tous les sentiments, toute la vivacité imaginable, être aime par une lille, purement fille de la Nature, sans art, sans fard ni artifice, naïve, ingénue, toute remplie et animée par sa première passion, ne respirant que l'amour et toutes ces grâces séduisantes que le sentiment prête aux moindres mouvements d'une fille encore vierge, ma foi c'est le vrai paradis pour un homme organisé comme moi; mon imagination ne connaît rien au delà, et je crois que le seul souvenir de ces jours délicieux serait sufïisant pour répandre une ombre de félicité sur mon âme au milieu des fers et de l'esclavage. >