‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 239 sur 505 · Hassencamp, p · texte numérisé non relu

Hassencamp, p

3. La correspondance, qui avait été interrompue pendant plusieurs années, s'était renouée en 1759. Cf. L. de W. à Cateau. dans : Beilage zum Staat^ a

von Wiirt., 1904, n° 11-12, p. 181 ss., et les Lettres de Sophie La Roche à W ieland. Le 26 janv. 1759, Sophie écrivait à W. : « Je ne démentirai plus mon caractère, qui, après cinq ans et plus de souffrance courageuse et supportable, fait une démarche qui détruit le fruit de tout cela... »

lui avait -il écrit; mais qui me rendra mon cœur? 1 » C'est bien parce qu' « il avait le cœur vide qu'il avait cessé de faire des miracles », lui avait-elle répondu; il avait besoin « de vrai bon, de solide » 2. Aussi espérait-elle le sortir de son libertinage affecté, de son scepticisme blasé, et reprendre son rôle de Panthée 3.

Confidente de ses errements, elle ne laisse pas, en effet, de l'assister et de le guider au port. Que pour d'autres elle soit « femme d'esprit, femme du monde, capricieuse, caustique, minaudière, inégale, humoriste, charmante et détestable, attrayante et rebutante à la fois »4, au gré de son humeur, pour Wieland elle reste la grande image « qui lui enlève la faculté d'aimer autre chose ». Elle l'oblige à une tenue morale dont il n'est que trop souvent prêt à se départir5. Elle lui apprend à conserver, « au milieu des doux égarements d'une âme pénétrée, fondue, extasiée... », cette modération, cette tranquillité, cet heureux sang-froid qui, « s'il ne rend pas heureux, empêche au moins ces passages de la béatitude à la damnation qu'on éprouve infailliblement, en aimant sans amour » 6. Elle le retient de l'ironie et du dépit 7, en même temps qu'elle le met au ton de la bonne compagnie et des convenances. Usant avec elle du français dans sa correspondance, il participait à l'esprit de Warthausen, où il trouvait d'autre part en La Roche un appui solide.

Si Wieland ne l'avait pas abordé sans quelque gêne, tant il était dominé par la froide raison, le caractère bien équilibré de ce demi-Lorrain, il se confia bientôt à sa prudence 8. Il eut en lui

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