Arch. f. Litgesch. XIII, p
6. En 1758, J.B. Horix, professeur à Mayence, avait publié : Tractatamcula de fontibus juris canonici germanici, inspire de Fleury. L'ouvrage fut mis à l'index en I75y, l'auteur condamné à une rétractation publique (Asmus, p. 17).
borateur et disciple, le baron de Groschlag. De Warthausenr Stadion continuait à inspirer la politique de Mayence, tout en entretenant des intelligences à Vienne et dans d'autres cours. Il se tenait au courant par ses correspondants à Paris et en Angleterre, recevait la visite d'hommes d'État et de personnages importants, subventionnait des artistes comme le peintre Heinrich Tischbein, l'oncle du portraitiste de Goethe en Italie 1. De sa verve caustique, il animait sa table ouverte; sa bibliothèque était abondamment fournie de nouveautés, « une ressource inestimable pour un homme de ma trempe », disait Wieland.
Qu'il fût accueilli avec bonne grâce par ce vieillard, replié dans ses souvenirs « ainsi qu'un Sully ou un Hartley », il fallait à Wieland, pour prendre pied à Warthausen, acquérir aussi le « sixiè me sens » d'une société passablement émancipée, où régnait la fille aînée de Stadion, Elisabeth-Charlotte de Walpurgis, comtesse de Schall, laquelle, « après avoir brillé dans plusieurs cours par la grâce de son esprit et les agréments de son commerce », s'était vouée aux soins d'un « père qu'elle adore ». Elle était plus hautaine que sa sœur, la chanoinesse de Buchau qui, elle, aimait les « grâces enjouées ». Les autres filles de Stadion apparaissaient de temps en temps : la comtesse de Spauer, la baronne de Zobel, femme de son fils héritier Franz-Conrad : une compagnie qui voulait être divertie, qui jugeait sur l'esprit, la galanterie, plus que sur les qualités solides 2.
Grâce à Sophie, Wieland put, tant bien que mal, figurer « dans les enchantements » de Warthausen, au milieu des « fées bienfaisantes », et à une table « pourvue des vins les plus exquis ». Il eut même sa chambre dans l'appartement des La Roche, fut convié aux divertissements, s'accoutuma à partager sa vie entre son greffe et le château; une existence à partie double, dont les contrastes devaient faire jaillir l'humour. A nouveau, l'obligation de jouer un rôle, de prendre un caractère d'emprunt, pour se mettre au
1. H. Bahlmann : J. H. Tischbein (Stud. z. d. Kunstgesch., Strasb.. 1911); Ad. Bach : Aus dem Kreis der Sophie La Hoche, Euph., 1926.
2. Cf. A. Br., II, p. 182; Sophie La Roche : Briefe ûber Mannheim, p. 354; D. Frl. von Siernhcim, p. 76 (réédit. Ridderhoff).
BIBERACH ET WARTHAUSEN 255
niveau de cette société, où il doit faire le bel esprit. Il lui faut prendre quelquefois le masque du « chevalier à la triste figure » *, ou même le ton désinvolte « d'un chien philosophe ou d'un philosophe chien » 2, afin de ne pas devenir « bête ou philosophe ».
On devine ce qu'il devra accepter de petites avanies dans un monde où il n'était admis que comme amuseur. Ainsi que le remarque Sophie dans son premier roman, au lieu d'être pris pour un homme de lettres ou pour un philosophe, il avait à donner le ton à l'engouement du jour 3. On ne lui laissait pas oublier sa chancellerie, ne fût-ce que par le peu de cas que l'on faisait de ses mérites littéraires. Mais il ne lui manquait pas non plus d'occasions de prendre sa revanche : « Moi qui n'ai pas le temps de m'ennuyer, je reste tout étonné... Je ne sais pas si je dois me moquer de ces gens d'esprit qui s'ennuient, ou si je dois les plaindre4. » Il dissuadait Sophie de faire venir Julie Bondeli dans ce cercle : « Malgré ses mérites, son brillant même, elle n'y plairait pas. » Lui-même n'y plaisait qu'en faisant violence à son naturel. Il s'en trouvait, en dépit de sa vanité et des avantages précieux du château, souvent dépité, parfois irrité :
On devient enfin impatient, revêche, acariâtre; on est saisi d'envie de donner des soufflets à droite et à gauche; on ne souffre plus la contradiction, on est choqué de l'effet naturel de la diversité infinie des tètes, des façons de penser ou d'imaginer, des goûts et des travers des hommes; on ne pardonne plus rien et on s'imagine que personne ne veut plus entendre raison B.
Bibi le dédommageait de Warthausen, mais Warthausen, d'autre part, lui gâtait le plaisir qu'il pouvait recevoir d'elle, de même qu'il aurait été une menace pour son bonheur domestique, si Wieland ne s'en était fait exclure au moment de son mariage.
Peu importe, le motif du différend qui s'éleva alors, non seule-