‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 243 sur 505 · Horn, p · texte numérisé non relu

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ment avec le comte, mais avec La Roche lui-même l. Il n'aurait pas eu la forme irritante qui amena une rupture de deux années sans le ressentiment du bourgeois contre son seigneur. Dans un moment d'humeur, le chancelier de Biberach, à propos de quelque futile exigence, s'était redressé, s'était montré si procédurier qu'il alluma la guerre entre la ville et le château, sans plus songer qu'il devait à Stadion la charge dont il usait contre lui; il fit si bien qu'il s'attira une cuisante avanie. La lettre « comitive », que lui avait conférée Stadion, lui fut retirée, en même temps qu'il s'entendait traiter en plein conseil comme « le dernier des faquins », « comme un homme de mauvais esprit » 2. Leçon sévère, qui le rappela au respect des barrières sociales et à sa condition bourgeoise. Ayant appris à ses dépens « qu'il n'est pas sans inconvénient de manger des cerises avec un grand seigneur », Wieland se promit bien de ne plus jamais courber l'échiné. « Vous seriez bien aise, écrivait-il à [Sophie, de me voir toute la complaisance qu'on exige, et cependant je suis certain que vous auriez de la peine à vous empêcher de me mépriser un peu, si j'aurais ( !) tant de docilité et de souplesse 3. »

1. Le différend rappelle quelque peu l'histoire du meunier de Sans-Souci. Le comte de Stadion avait demandé à la municipalité le déplacement d'un atelier de rémouleur, situé à proximité d'une maison qu'il possédait à Biberach. Le Chancelier, chargé des négociations pour la ville, le prit de si haut que Stadion, par représailles, décréta une manière de blocus, en interdisant aux 13 villages qui dépendaient de Warthausen de se ravitailler à Biberach. Cf. Hassencamp, p. 129 ss.

2. Hassencamp, lettres de 1766 à 1768. W. écrit notamment : <■ Je n'ai jamais eu l'ombre de l'intention de vouloir insulter le comte, mais lui ne m'a-t-il pas traité comme le dernier des faquins? Est-il bourgeois de Biberach, est-il paysan, moine, curé, baillif, seigneur, dame et soubrette à dix milles à la ronde qui ne sache pas comment on a parlé de moi à Warthausen? » Le chatouilleux poète se ressentira longtemps « des procédés insoutenables devant le tribunal de la raison et de l'humanité »; s'il reconnaît avoir agi par étourderie, il ne s'en plaint pas moins « des cœurs de fer et de rocher », contre lesquels les « belles âmes » se brisent. « Avec ces prétendues illusions, les âmes vraiment sensibles ne seraientelles pas plus heureuses dans une cabane qu'au milieu de ces honnêtes gens de cour, qui feraient expirer celui qu'ils ont appelé leur ami sur la roue, pour venger le moindre coup d'aile qu'on a donné à leur amour-propre. » Il ne comprend pas que l'on ne prenne son acte de « don quichottisme patriotique » comme il le prend lui-même, et qu'on n'en rie.

3. Hassencamp, p. 166; cf. p. 138 s. :« Quelle réconciliation peut-il y avoir entre un grand seigneur qui pense comme le comte et un particulier aussi mince que moi?... La moindre petite étourderie que je pourrais commettre — et vous ne savez que trop que je ne saurais pas m'engager à n'en commettre point — sera

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Cette « désastreuse rupture » lui rendit la dignité de son caractère : « Libre grâce à Dieu », Wieland ne voudra plus dépendre de « ces mortels chapitrables qui prétendent exercer leur prodigieuse fierté vis-à-vis de ce que l'on appelle leurs inférieurs ». S'il sentait « les torts qu'il a eus dans le commencement de cette affaire », il lui en coûtait de faire le premier pas. Il ne se dissimulait pas le peu de cas qu'on faisait à Warthausen de sa personne. « On a pris l'habitude de m'avoir auprès de soi — j'étais rarement propre à amuser — mais à la campagne, on s'amuse de tout; et comme je suis facile, je me prêtais à tout. » « Son Excellence devrait daigner faire la réflexion qu'il y a quelque différence entre la manière dont un souverain pardonne à un sujet qui a encouru sa disgrâce, et entre elle qui n'a jamais été mon souverain et moi, qui ne suis le sujet de personne l. » Wieland sait trop combien on est accoutumé de mettre un prix à tout ce qu'on accorde au cœur, dans ce « château ensorcelé », pour ne pas craindre qu'on ne veuille plus « témoigner de l'amitié pour un plat rimailleur, qui ose réclamer les droits de l'égalité naturelle contre l'usurpation des droits du plus fort, dont messieurs les grands seigneurs aiment tant à se prévaloir, au préjudice de ceux qui ne sont leurs inférieurs que parce qu'il est impossible que tout le monde soit grand seigneur et riche ».

Il laisse faire Sophie pour « rentrer avec le temps dans les anciens droits, en qualité d'ami de sa famille », et pour s'éviter des « mortifications dont la moindre, et l'idée même, suffirait pour lui faire quitter la partie ». Il rentra en grâce, dans l'été 1768, et retrouva, avec Warthausen, « l'amitié de l'homme qu'il a le plus aimé, et qu'il voudrait n'avoir jamais offensé ». A la mort du comte, quelques mois après, Wieland fut même chargé d'assurer, avec La Roche, l'exécution des dispositions testamentaires 2.

Cependant, comme l'écrit Sophie, « le flacon qui renfermait le génie de la maison s'était cassé, et l'esprit versé dans le sable du caveau » 3. Wieland en avait recueilli le parfum capiteux pour

criminelle; jamais je ne pourrais avoir l'esprit libre et à son aise, je ne pourrais dire un mot, sans craindre qu'on pourrait le prendre mauvais... L'idée de demander ma grâce m'effarouche et me révolte à un point que je ne saurais vous exprimer... »

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