‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 244 sur 505 · Lettres de Sophie La Roche, 12 août · texte numérisé non relu

Lettres de Sophie La Roche, 12 août

relever l'humour de sa fantaisie. Participant à la vie agréablement frivole d'une société « dont l'esprit est ce que M. de Listonai, dans son Voyageur Philosophe, appelle « le sixième sens » 1, il avait pris à Warthausen le décor de sa parodie impertinente et d'une galanterie musquée, qui lui ouvrit les salons aristocratiques. La fréquentation de cette société, mieux que le commerce des gens de lettres, favorisa un art gracieux et conventionnel, qui ironisait les plaisirs de la fortune. Elle lui permit, comme il déclare à Riedel « de rassembler les connaissances diverses, les observations, sans quoi Agathon, ni d'autres élucubrations de son imagination ne seraient ce qu'elles sont » 2. Les Contes Comiques en procèdent directement, ainsi que la sagesse politique de son roman biographique et du Miroir d'Or. Comme il n'avait pas eu à s'y acclimater, ne s'y trouvant qu'en hôte de passage, il avait conservé assez de liberté d'esprit pour ne pas subir les contraintes de la mode et des préventions, pour réserver sa pensée à ses amis La Roche, et sa rêverie à l'intimité de son cabinet, et, un peu plus tard, de ce jardin hors des murs, où « sans lever le nez de sa table, il voyait les enfants se baigner dans la Riss, les paysans faire leurs foins, et entendait les bruits de la vallée ». Warthausen lui avait fait aimer cette paix bucolique et s'amuser de la plaisante figure qu'il avait sous sa perruque de greffier 3.

Mais pourrait-il se passer indéfiniment des agréments de la conversation et de l'excitation d'un milieu esthétique? Privé de la musique de Jomelli et de Graun, de la galerie de tableaux, du décor galant de Warthausen, privé surtout de la bibliothèque du comte, qu'allait devenir son esprit à Biberach? Au retour de son « ergastulum », « sa petite femme » suffirait-elle à le divertir ? Le rêve s'évadait à nouveau dans les lointains.

L'idée de vivre et de mourir dans l'état où je suis, écrivait-il à Zimmermann en 1768, avant le retour de Stadion à Warthausen, me donne l'envie de perdre jusqu'au sentiment intérieur du peu que je suis. Passez-moi cette vanité, si c'en est une; je sens certainement que je suis

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