Prosaiscke Schriften, 1762, H. 40, p
dégageait le besoin de mettre hors de cause la bonne volonté, d'affirmer la valeur intrinsèque du naturel. Le héros avait à gagner l'estime et la sympathie, sinon par la façon dont il se comportait, du moins par son désir du bien, par la sincérité de son aspiration vertueuse. Si sa conduite ne répondait pas à ses principes ou à son sentiment, le cœur « resterait indemne et mériterait l'approbation ». A cet égard, Agathon serait plus que «l'histoire naturelle de l'esprit», il serait aussi l'expression d'un vœu moral, l'image idéale dans laquelle se mire l'amour-propre de l'auteur. Faute de pouvoir se réaliser, cette image se détache dans un lointain poétique, elle se pare de nostalgie, par contraste avec la vérité grimaçante. Elle représente non plus le caractère empirique, mais le caractère intelligible. C'est pourquoi elle se définit par son opposition plus que par son propre processus. « Les moralistes ont beau jeu, je prétends qu'on ne saurait être heureux que dans des circonstances déterminées, et, comme il est rare qu'on soit dans les circonstances qui conviennent, j'en conclus souvent, dans mon insatisfaction, que les gens de mon espèce sont voués au malheur l. »
Agathon se ressentira donc de la déception du poète dans la banalité de la vie, contemplant à travers ses regrets les montagnes bleues, derrière lesquelles étaient restés ses rêves de jeunesse. Qaandoque licebit ducere sollicitae jucunda oblivia vitae! soupirait Wieland dans une lettre à Volz 2. Tout ce passé, transfiguré par l'illusion, s'estompe 3. Mais il se dégage la détermination d'un effort plus clair : « Mon intelligence me dit que je n'ai rien fait encore d'utile et de grand ; mon sentiment intime m'assure que, en des circonstances favorables, je serais capable de l'un et de l'autre. 4»
Cette conviction, nul doute que Wieland ne la porte en lui depuis Berne, qu'elle n'ait été accentuée par la critique de Julie Bondeli. Elle l'obligea à la sincérité, non moins qu'à la vérité de