Cf. Wieser : Der sentimentale Mensch
n'apparaît pas pourquoi nous ne changerions pas aussi x », il faut pourtant qu'au moi empirique s'oppose « un meilleur moi », qui renie ces changements et se refuse à l'action formative de la vie. S'il se comporte « comme l'oblige le cours normal des choses », et tel que le ferait de nos jours un Agathon, le héros doit se révéler « à mesure que l'or se sépare de sa gangue », de façon « que plus d'un se reconnaisse en lui »2 à travers les contradictions de son aspiration et de son existence; être comme son auteur, idéaliste et philosophe, enthousiaste et sensualiste à la fois 3. A bon droit, Wieland prend modèle sur l'homme « qu'il a l'honneur de connaître de plus près ». Cependant, à cet homme, il manque justement plus d'expérience et de vérité qu'à la plupart; il s'est formé par les livres, non par la vie; ce qu'il a subi d'influences extérieures n'a touché que son imagination. Même à Biberach, Wieland a pu se retrancher contre la réalité hostile et trouver un refuge à Warthausen. Il a beau s'en prendre à l'enthousiasme que lui cause la nature, c'est pour mettre à la place de la nature une image intellectuelle, une fiction qu'il accorde à son sentiment. L'expérience d' Agathon ne se poursuivra pas dans les conditions de la vie; de prime abord, elle est artificielle, déjà du fait qu'elle est transportée dans un milieu imaginaire, qu'elle s'encadre dans un décor littéraire plus qu'historique. Elle est conçue à la façon d'une allégorie; elle ne saurait être qu'une figuration. Ce qui transperce de données biographiques est fort peu de chose 4. Il importe peu que les circonstances correspondent, jusqu'à un certain point, avec l'enfance et la jeunesse propres de l'auteur. Sa mémoire ne contient que des souvenirs de lectures, des évocations poétiques et mystiques. C'est pourquoi le monde antique lui était plus familier que le monde contemporain, tout comme la France lui était plus réelle que l'Allemagne. Il pouvait convenir d'une vérité romanesque « aussi digne de foi que les neuf muses du père des historiens », ou que le récit de Tite-Live ou