a. Il, 5; c. II, 4 (H. 1, p. 98 s
rique? Il n'est pas si enthousiaste qu'il ne les ait déjà envisagés, tout de même qu'il n'a pas toujours fermé les yeux aux charmes qui menaçaient sa vertu. Mais le mirage est encore plus fort que la nature. Il se trouve mieux assuré par Platon que par Épicure. Au surplus, Hippias n'est qu'un sophiste; à ce titre, il ne peut inquiéter la raison d'Agathon, pas plus que sa belle esclave ne peut émouvoir sa sensibilité. Comment a-t-on pu prendre Hippias pour une caricature des philosophes et voir en lui un Mandeville, un Robinet, un La Mettrie? * S'il fait profession de matérialisme, il n'est rien moins qu'un « Helvétius déguisé » 2, car, comme le lui reproche Agathon, ce n'est pas sa raison, « c'est son cœur qui est impie » 3. Wieland peut mettre dans sa bouche des arguments « qui ne sont pas tous faux »4, à la faveur de ce caractère de sophiste. Son hédonisme éhonté et sa suffisance le dénoncent assez pour permettre à l'auteur de glisser des vérités qu'il serait dangereux de produire autrement que sous un tel masque. En accentuant le côté opportuniste de sa morale, il se donne le droit d'exposer plus librement la philosophie naturaliste5.
Il ne saurait échapper, si l'on y regarde de près, de quel côté doit pencher la balance, dans cette dispute qui oppose raison et enthousiasme, expérience et intuition mystique. Sans doute Hippias ne convraincra pas Agathon : il ne lui prouvera pas qu'il ait tort de goûter par l'imagination des plaisirs qu'il ne trouve pas dans la réalité. Mais, tout de même, celui-ci n'a que son « senti-
1. C. Elson {W. u. Shaftesbury), rapproche Hippias de Mandeville. Déjà Schlosseh : Geschichle des 1S. Jahrh., 1837, sur l'indication de Gruber, pensait à Helvétius. D'autres ont cherché des ressemblances avec Robinet, dont pourtant l'Essai de la Nature n'est que de 1763. 11 semble que W. se soit proposé de le réfuter, de même que la thèse sur l'égalité naturelle de Helvétius (A. Br., II, p. 216 s.).
2. Gruber1, I, p. 206; Gruber», I, p. 335. Cf. A. Br., I,p. 324.