a. vol. Il, p. 78 à 80; cf. H. II, p. 128 ss
Il sera sans doute en garde contre ses faiblesses; il se défiera de son imagination, il n'improvisera plus, ainsi qu'il avait fait à Athènes. Il concerte son rôle, il se trace sa ligne de conduite : « Sans ambition ni convoitise, attentif au point vulnérable de son cœur... il ne songeait pas que d'autres passions devaient se former dans son sein et lui être plus redoutables. » Réconforté par le sacrifice qu'il croit avoir fait à « sa meilleure âme », il ne craint pas de nouvelles embûches de l'autre. Tout à son espoir de faire œuvre utile et désintéressée, il ne s'avise pas qu'il n'en est peut-être pas capable. Non qu'il se dissimule les dangers d'une cour; la déception de son zèle républicain ne lui fait pas concevoir une idée plus haute du gouvernement d'un tyran. Wieland en était lui-même assez averti par Stadion et La Roche. Mais, outre qu'il entrait dans le projet du roman d'ajouter cette expérience, il fallait à la prétention subjective du héros ce nouveau démenti. Réservant pour le Miroir d'Or l'examen de la satire politique, il suffira de dégager ici le dessein moral, de considérer, plutôt que le rôle, le jeu de l'acteur. Avec la même virtuosité qu'il aurait servi le peuple, Agathon se propose de servir un prince, comptant moins sur les bonnes dispositions du maître que sur son habileté propre. Les difficultés ne font que stimuler sa confiance; il saura éviter, il n'en doute pas, les erreurs d'un idéaliste comme Platon : au lieu de s'en rapporter à une philosophie « qui ne sert communément qu'à éviter les défauts qu'on n'a pas et à confirmer les vertus que l'on aurait sans elle » 1, il suivra sa raison, se conformera aux circonstances, fera, s'il le faut, la part du feu, afin de sauvegarder le bien qu'il sera possible de faire. Opportuniste, sans doute, sans pourtant se départir de son honnêteté. Qu'il se rapproche de l'attitude d'Aristippe, qu'il lui emprunte son aisance, sa circonspection et sa modération, il n'en sera pas moins Agathon; il naviguera avec le courant, mais en se dirigeant sur les étoiles.
Aussi Agathon ne s'embarrasse-t-il pas de doctrines politiques.