a. IX, 2;c. X, 2 (H. II, p
S'est-il recommandé à la faveur du tyran par une profession monarchique 1, il ne se fera pas scrupule pour autant de la trahir, dès qu'il le jugera nécessaire. Car il ne tarde pas à vérifier que la cour, comme le lui avait annoncé Aristippe, « est le théâtre de la fourberie, de la basse adulation, de la perfidie » et qu'un honnête homme ne peut qu'y laisser sa réputation et sa vie 2. Il lui faut convenir que, en dépit des concessions, des compromis, des complicités, il ne saurait atteindre son but. Si, néanmoins, il trempe dans le complot de Dion, ce n'est pas qu'il soit plus assuré de réussir en changeant la forme de l'Etat ou la personne du souverain. De « droit », il n'est plus question, quand il veut « mettre fin à la comédie, et rentrer dans sa boite ce prince de marionnettes » 3. Il s'agit surtout pour Agathon de soutenir son rôle, de ne pas faire « le scapin » quand l'occasion s'offre d'être le « héros ». Sous de nobles prétextes, c'est encore l'amour-propre qui se cabre et compromet la cause qu'Agathon veut servir. C'est ainsi qu'il ne recule pas devant la révolte et la guerre civile. Son habileté se trouvant en défaut, la passion intervient; il n'est pas « assez de sang-froid ni impartial », pour entendre le conseil d' Aristippe : « Ton cœur est trop noble, ton imagination trop ardente, pour t'accommoder jamais de la prudence, sans laquelle on ne garde pas la faveur des grands... Arrête-toi avant que n'éclate l'orage que je sens poindre... 4. » En perdant la partie, Agathon perd aussi l'estime qu'il avait de soi-même, le sentiment de sa vertu. Une fois encore, la raison du sophiste l'emporte sur sa présomption. Du moins Agathon a-t-il encore sur lui l'avantage de la forme, une satisfaction d'artiste 6.
1. Une note de a, vol. II, p. 181, distingue entre une république en particulier, « la plus singulière qu'on puisse voir au monde », et qui n'est autre que cel'e de l'auteur, et d'autres États démocratiques, « qui restent l'asile de la liberté, de la vertu, de l'égalité, du bien public, tout en étant aussi près que possible de la nature ». L'auteur s'est défendu de partager complètement le point de vue d'Agathon. Cf. c. XI, 4 (H. 111, p. 25).