Vorbericht
2. Horn, p. 281. W. déclare n'avoir pas relu Agathon depuis 1773. Il n'en a plus que « eine sohwache und beinahe ganz erloschene Idée ».
3. Voir la correspondance avec Gôschen (Gruber2, IV, p. 57 ss.) ; Gross, o. c, p. 144 ss.
l'occasion de se mesurer avec Hippias. La visite que celui-ci lui fait dans sa prison 1, alors qu'Agathon, mortifié, en était arrivé à douter de la vertu elle-même, et allait lui donner raison, doit provoquer le revirement décisif. A la vue de son ancien maître, ricanant à son effondrement, il semble à Agathon qu'il aperçoive son mauvais génie, ainsi que Marguerite à l'arrivée de Méphistophélès; il se rejette dans sa foi et croit « se retrouver lui-même ».
Mais ce rappel de la conscience est-il plus qu'un geste de défi? N'est-ce pas encore l'amour-propre qui se cabre devant le témoin odieux de sa déchéance? Un tel revirement emphatique n'est pas moins suspect que le découragement. C'est l'illusion dont le vaincu a besoin pour supporter sa défaite. Qu'Agathon tire de « ses expériences », « de ses erreurs, de ses fautes même » l'image purifiée de son « moi invisible », le « sentiment de sa dignité et de sa finalité » 2, il n'en est pas moins « tombé au-dessous de lui-même ». Abandonnant à la vie son être réel, il sauve « son meilleur moi » dans son vœu moral, détaché de toute justification empirique. Mais ce « moi supérieur », qui échappe à l'emprise de la raison, ne connaît d'autre devoir que « de demeurer ce qu'il est »; il est « incorrigible ». Il n'est donc pas intéressé à l'éducation qui est l'objet du roman. Agathon a beau affirmer l'autonomie de sa volonté, il n'en est pas moins tributaire de son caractère acquis, encore qu'il le renie. Son redressement, que l'auteur donnait pour le ressort capital de son développement, n'est encore qu'un expédient pour éluder le conflit de la tête et du cœur. Que le problème reste entier, la preuve en est dans la retraite à laquelle il se sent contraint.
Mais ce stage de sagesse le résoudrait-il davantage?3. Qu'apprendrait Agathon de la philosophie d'Archytas qu'il ne sache déjà? Ce pragmatisme, qui adopte de la religion ce qu'il lui faut pour apaiser l'inquiétude de l'infini, qui rassure la conscience par la
1. Livre XII. Ce motif n'a-t-il pas été suggéré par Klinger, dans son roman : Gesch. Giafars des Barmeciden, qui parut en 1792. Giafar, prisonnier, a perdu de même sa foi dans la liberté morale, lorsque Ahmet vient le voir, ce qui réveille son énergie. « Ich bin frei, weil nichts mich zwingen kann eine Handlung ?,u begehen, die dièse Gesetzgeberin (die Vernunft) fur bôse erkennt. » Cf. Voliiard : Klingers philosoph. Romane, Halle, 1930, p. 125 ss.