A Goschen, 4 avril 1794. Cf. Vorberirht
perspective d'une évolution éternelle, et compense le désordre moral par l'ordre providentiel de la nature, il n'est autre que le compromis du rationalisme. Il conservait « une foi qui satisfait complètement la raison, qui même en procède directement..., qui conduit le plus directement au perfectionnement moral et à la jouissance la plus pure de la vie... une croyance qui porte sa justification en elle-même » 1. Fruit de l'expérience universelle, cette conviction se passe d'autre preuve. Archytas n'a eu qu'à la dégager de sa vie, étant aussi naturellement porté à la sagesse, qu'Agathon l'est à la vertu.
Si néanmoins il a retenu quelques principes régulateurs, c'est qu'il les a trouvés en harmonie avec la nature, et confirmés par le « sens commun », qu'il s'en trouve plus assuré dans sa disposition au bien. En accordant sa volonté à celle des autres, en travaillant au progrès et au bonheur de tous, Archytas a satisfait à toutes ses aspirations. Il s'est senti d'autant plus lui-même qu'il s'est subordonné davantage à l'intérêt général, qu'il s'est voué plus complètement à la « cité de Dieu ». Mais, encore que la vérité d'Archytas ne diffère pas « de la vérité la plus vraie, de 1' « orphisme », et qu'Agathon puisse y reconnaître les grandes lignes de la « théosophie pythagoricienne » qui avait enthousiasmé sa jeunesse, comment pourrait-il se renoncer à ce point, lui qui, «avec la plus claire intelligence, le plus pur amour du bien et la plus franche aversion des sophismes et de l'insincérité », possède de plus une sensibilité qui ne le met pas à l'abri de la passion, une imagination qui l'écarté de cet objectivisme serein ? 2 A soixante ans, Wieland regrettait de ne pouvoir s'y conformer. « Ma croyance ne dépend pas plus de ma volonté que l'organisation de mon existence, et je suis obligé de croire ce que je crois, comme de supporter ce que je ne puis changer 3. »
Il en était toujours à s'expliquer avec Dieu et le monde, aussi réfractaire à l'impératif catégorique de Kant qu'au sensualisme, buté à une conciliation, toujours remise en question, de son aspi-