‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 322 sur 505 · A. Br., II, p · texte numérisé non relu

A. Br., II, p

2. Horn, p. 79 : « C'est incognito et en grand secret que j'en suis l'auteur; et ce ne doit être que vous et La Roche qui le sache ( I). »

3. Cf. Seuffert, Euph., 24, p. 432; P. Beck : S'achlese zur Seilerbiographie, Wùrt. Vierteljhrschr., III (1894), p. 236 ss., et Diocàsanarchiv von Schvvaben, 4 (1897).

4. Hassencamp, p. 31 ss., Horn, p. 44 s. : « ... à moins donc que les fées du Château Gaillard ne trouvent bon de m'envoyer quelque char traîné par deux colombes, ou si vous aimez mieux par deux chauves-souris, ou qu'en me promenant ce soir au rivage de la Riss, je n'y voie arriver une barque sans cordage, sans mât et sans rames, destinée de me transporter miraculeusement où vous voulez que je fusse, vous aurez la bonté de ne pas trouver mauvais que je reste tout tranquillement ici, en arrivera ce qu'il peut; je suis si décidé là-dessus, que toutes les aimables dames de ce célèbre château pouvait (sic) par la malice de quelque enchanteur, jaloux de leur (!) charmes se voir tout d'un coup embellie de barbes aussi longues que la dame Doloride, ou de moustaches aussi jolies que l'amante du prince Cormoran, sans que je prisse assez de part à leur triste aventure, pour enfreindre les lois de la Chevallerie ( !) en franchissant à pied le chemin sauf votre respect très bourbeux, dont les dits sorciers semblent avoir voulu rendre inaccessible le chatel enchanté. »

par complaisance, si ce n'est par goût. Mais n'était-il pas tenu, vis-à-vis de lui-même, à faire figure de rêveur lunatique, tant il y avait d'extravagance dans sa conduite? Privé de la « petite fée », qui, par des airs de Galuppi, chassait les fantômes de la chancellerie, il n'avait d'autre ressource, s'il ne voulait s'y morfondre « avec les rats et sa cuisinière » 1, plutôt que de « boire du mauvais vin dans les cabarets de Biberach avec les sénateurs » 2, que celle de convoquer les esprits de Gabalis, à l'aide des babioles de Mme d'Aulnoy ou de Mme Murât afin d'en mitonner la compagnie de Warthausen 3.

Plus que cette fantaisie légère, qui tendait son tissu diapré sur la réalité morose, Wieland goûtait l'impertinence équivoque de Hamilton, de Duclos et de Crébillon 4. Dans l'humeur égrillarde où l'avait mis sa liaison, il était enclin à lutiner la pruderie, à se justifier par un libertinage d'autant plus narquois, qu'il s'ébattait au voisinage du presbytère paternel, et tirait vengeance des concessions qu'il fallait faire à la morale. « Ayant appris par une longue expérience de privations, de peines, de soucis et de chagrins ce que vaut le plaisir»5, il se dédommageait, par le burlesque du conte, du platonisme qui si longtemps avait brimé son esprit et ses sens. Convaincu par Shaftesbury « que la plaisanterie est le meilleur remède contre les dérèglements de l'enthousiasme » 6, il jouait du fantastique contre « la fièvre de la raison ». N'était-il pas averti par la préface du Sopha « qu'il n'y a que les personnes vraiment éclairées, au-dessus des préjugés, et qui connaissent le vide des sciences, qui sachent combien ces sortes d'ouvrages (les contes) sont utiles à la société, combien l'on doit d'estime et de vénération aux gens qui ont assez de génie pour en faire, assez de force dans l'esprit pour s'y dévouer, malgré un air de frivolité que l'orgueil et l'ignorance ont attaché à ce genre »? La parodie du roman idéaliste, du conte lui-même, à la façon de don Quichotte

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