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procédés mis en oeuvre par Cervantes contre l'imagination romanesque !. Sans plus songer à s'interdire la douceur de rêver, sans mettre en doute, comme il l'écrit plus tard dans YHexaméron de Rosenhain, « que le goût du fantastique est la plus générale et la plus forte de nos inclinations » 2, il charge la féerie des excentricités que fait commettre l'enthousiasme à l'aube de la vie. Adaptant la parodie héroï-comique à la fantaisie mièvre des salons, il conçoit un pastiche, dont l'effet comique tient à la disproportion de l'imitation et du modèle, à la futilité du sujet par rapport au travestissement. De même que Lessing et Lichtenberg songeaient à donner à la critique rationaliste l'allure d'une don quicfwttiade3, Wieland évoque la silhouette burlesque du héros de la Manche pour la dérision du rêve sentimental 4.
Mais l'aventure fantasque n'est plus qu'une fugue de jouvenceau, qui, au lieu de s'attaquer aux moulins à vent, fait la chasse aux papillons. L'équipée s'est réduite à un vagabondage imaginaire. Il ne s'agit plus de courir sus aux ravisseurs de beautés innocentes, ni de tirer l'épée pour la gloire d'une Dulcinée, mais seulement de se laisser conduire par un oiseau bleu dans le jardin enchanté
1. St. Thopsch : WielandsDonSylvio und Cervantes' Don Quichotte. Euphorion,
Ergzh., IV, p. 32 ss.
Dans son Don Sylvio (V. p. 1 ; H. XV, p. 9 ss.), Wieland souhaite qu'au lieu d'ouvrages moralisants qui ennuient, on lise plutôt Gil Blas, Tom Jones, voire Candide et Gargantua: «Bûcher, in denen die Wahrheit mit Lar.hen gesagt wurde, welche der Dummheit, Schwârmerei und Schelmerei ihre betriiglichen Masken abziehen, die Menschen mit ihren Leidenschaften und Torheiten, in ihrer wahren Gestalt, weder vergrôssert noch verkleinert abschilderten, und von ihren Handlungen diesen Firnis wegwischten, womit Stolz, Selbstbetrug oder geheime Absichten sie zu iiberziehen pflegen. »
2. Dos Hexameron von Rosenhain (H. XIII, p. 11, 76) : « Das Mârchen ist eine Begebenheit aus dem Reich der Phantasie, der Traumwelt, dem Feenland, mit Menschen und Ereignissen aus der wirklichen verwebt... Je mehr ein Mârchen von der Art und dem Gang eines lebhaften, gaukelnden, sich in sich selbst verschlingenden, ràtselhaften und immer die leise Ahnung eines geheimen Sinnes erweckenden Traumes in sich hat..., desto vollkommener... »
3. Farinelli : Spanien und die spanische Lit. im Lichte der deulschen Krittk und Poésie. II. (Zeitschrift f. vergl. Litgesch., Neue Folge, V (1892), p. 279 ss.)
Tjard W. Berger : Don Quixote in Deutschland und sein Einjluss auf den deutschen Roman (1613-1800). Diss. Heidelberg, 1908.
4. Wieland reconnaît l'intention de la parodie, tant dans la préface que dans le corps du récit (I. ch. 3, 8; III, ch. 9, 12, etc.). Cf. le c. r. de Tobias Knaut, de Wezel, dans le Merkur de 1774 (I, p. 314). — La critique de l'époque n'a pas manqué de la souligner. Cf. Allg. D. Bibl., I, p. 97; Mendelssohn (Gesamm. Schr., V, p. 343 s.).
où attend le bonheur, dont l'image sourit à don Sylvio dans un médaillon. Sans le commettre avec la banalité de l'existence, ni l'avilir par un accoutrement minable, Wieland promène son rêveur par les sentiers d'un bois, de son manoir natal jusqu'au château voisin, dans le costume théâtral de la dix-huitième année : chemise de dentelle, pourpoint de soie verte brodé d'or, doublé de taffetas rose, culotte de même couleur et panache assorti. C'est à peine s'il s'est égratigné aux ronces, ou éclaboussé en chemin; charmé par une réalité plus belle que son rêve, don Sylvio se réveille dans un décor romanesque. Au lieu de passer par l'école de la grand'route, il n'a l'ait que l'école buissonnière x.
L'humour de Fielding lui est encore trop cru : il faut atténuer la trivialité des caractères, adoucir les sentiments, laisser la fantaisie jouer sur la révélation de l'amour 2. Si le souvenir de Tom Jones est marqué sur la physionomie de certains comparses, sur celle de Pedrillo, par exemple, qui a plus de ressemblance avec Partridge ou Slislop qu'avec Sancho Pança, et de Laure, qui possède la répartie délurée de Honour, la gouvernante de Sophie; si dona Mencia fait penser par sa prétention revêche et sa pruderie susceptible à Miss Western et à Brigitte Alworthy, c'est que Fielding n'est pas étranger au fond de réalisme psychologique du conte; toutefois, celui-ci s'encadre dans une Espagne de convention, plus picaresque que pittoresque, celle-là même de notre Gil Bios 3.
Les noms propres suffiraient à transporter le lecteur en pays de connaissance, et à conférer au récit une manière de garantie d'origine. Le château de Lirias est le même que le comte de Leyva avait donné à l'aïeul de Félicia, laquelle ressemble, à s'y méprendre, au portrait de Dorothée de Justella, que don Sylvio porte sur son cœur, dans le médaillon qu'il a trouvé. Toutes les circonstances correspondent, dans le conte de Wieland et le roman de Lesage.
1. Marti sis / nlersuchungen liber II ielands Don Sylvio mit Berûcksichtigung der ùbrigen Dichtungen der Biberacher Zeit. (Diss., ll.ille, 1901.)
2. Dans l'Allg. d. Bibl., Abbt le reconnaissait déjà : « Die Stellung ist von Cervantes, die Farbenmischung ist von Fielding. • Cf. Wood : Der Einfluss Fieldings auj d. d. Lit. (Diss. Heidelberg, 1896).
3. Kurrelmeyeb : Gil Blas und Don Sylvio. Modem language, notes, 1919
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C'est ainsi que les aventures de Jacinte rappellent celles d'Arsenia, et que Félicia récompense le sauveur de son frère comme Séraphine avait récompensé Alphonse de Leyva 1. Il n'est pas jusqu'à la bohémienne, qui a ravi la sœur du héros, retrouvée en la personne de Jacinte, qui ne s'apparente à la mère Scipion. Commencé en parodie de don Quichotte, don Sylvio se poursuit en une suite de Gil Blas. Mais il s'agrémente, en outre, d'un pastiche des contes de fées, une « histoire aussi vraie qu'aucune de celles dont le sultan Baham aimait à se distraire » 2, composée d'ingrédients de toutes provenances, depuis Lucien 3 jusqu'à Crébillon et Duclos. Élaboré pour « la santé physique et morale du lecteur », le conte de Biribinker présente, en un raccourci caricatural, la morale du récit, sur lequel passe en outre comme un reflet de fantaisie shakespearienne 4.
Il n'en est pas moins inspiré de l'expérience subjective de l'auteur, traduisant, ainsi quAguthon, son désenchantement; mais seulement par légère allusion, dans l'ironie et la lumière tamisée du merveilleux. La chimère de don Sylvio, nourrie de même par la solitude, n'est qu'évasion d'une réalité maussade, et non pas un idéal. Au lieu des impressions profondes produites par le mythe religieux et le symbolisme de l'art, son esprit n'a reçu qu'une instruction rudimentaire du maître d'école et du curé du village. Il s'est tissé un monde illusoire « avec autant de logique que la raison construit sa vérité » 5, au moyen des données extravagantes du roman de chevalerie et des contes de fées, trouvés dans la bibliothèque de son vieux manoir. Bepoussé par la vulgarité de son entourage, et dépourvu de tout ce qui aurait pu lui former le jugement et le goût, il s'est installé dans la Action. « Insensiblement, le rêve s'est mêlé à la nature, le merveilleux au réel, le