‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 326 sur 505 · Don Sylvio, I, 2 (H. XIV, p · texte numérisé non relu

Don Sylvio, I, 2 (H. XIV, p

faux au vrai; le surnaturel le séduisait d'autant plus que don Sylvio ne doutait pas de sa possibilité, et qu'il s'accordait avec les conceptions pythagorico-cabalistiqu.es », qu'il avait reçues de ses éducateurs 1. La réalité ne lui était qu'un rideau mouvant, derrière lequel il pressentait des machinations mystérieuses, des surprises et des enchantements. Ne se croyait-il pas lui-même captif de quelque fée Carabosse ou Ourgandine, qui se ferait passer pour sa tante? En prévision de sa délivrance, il passait des journées dans le pavillon de verdure qu'il s'est aménagé au jardin, un cabinet de féerie, tapissé de papillons, où il fuyait la promiscuité répugnante des rustres du village et des domestiques, prêt à répondre à l'appel de l'aventure. Qu'un papillon qu'il pourchasse l'entraîne hors de l'enclos, et lui fasse trouver, en un médaillon, une ravissante image, il possède le talisman qui le protégera contre l'intrigue ourdie par sa tante et un procureur véreux. Par une nuit de lune, à travers la forêt hantée de salamandres et de sylphes, il s'échappe dans le merveilleux.

Sous la conduite de son chien, et suivi par le fidèle Pedrillo, chargé du hissac aux provisions, don Sylvio erre, l'imagination tendue vers les génies qui rôdent, et que le valet cherche à tenir à distance par son positivisme superstitieux. Alors que le jeune fantasque agit son rêve, le balourd ergote et déraisonne; la foi du maître dans la féerie prend appui sur l'ignorance et la couardise du rustre, qui, les yeux ouverts, trébuche dans les fondrières. Si don Sylvio arrive tout de même au terme de sa belle aventure, c'est sans doute que tout sentier mène quelque part, et que, selon le bon sens populaire, en allant devant soi, mangeant et buvant de bon appétit, sans plus s'en soucier, on finit toujours par atteindre le bonheur : « Il se laisse attraper, dit Pedrillo, comme la bergère qui fuit dans une grotte » 2.

Tandis qu'il dort, vient se pencher sur don Sylvio une jeune personne, qui, grâce à l'esprit de sa soubrette, devine que le beau page pourrait bien être une manière de don Quichotte courant la féerie. « Serait-il si étrange qu'un jeune homme au cœur ardent,

t. Don Sylvio, I, 4 (H. XIV, p. 15).

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