‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 329 sur 505 · V, 8 (H, XV, p · texte numérisé non relu

V, 8 (H, XV, p

Le conte de Biribinker doit déjouer, par son excentricité, les sortilèges de l'imagination, en montrant qu'il n'y a d'autre magie que l'amour ou plutôt le désir 1. Il fait apparaître le jeu de l'illusion et de l'instinct. En combinant les motifs les plus audacieux du conte burlesque, il veut renchérir sur la polissonnerie des Quatre Facardins et de l'Écumoire, afin de mieux ramener la fantaisie à la vérité de la nature. Biribinker est un don Sylvio crébillonnesque, dupe d'une curiosité impatiente, qui le met à la merci des « sylphides, ondines et salamandrines » qui l'attirent. Ce n'est qu'après avoir payé tribut aux séductions qui lui dérobent l'objet de ses désirs; qu'après avoir couru vers les mirages qui font trébucher sa vertu dans les pièges de la sensualité, qu'il rejoint sa Galactine, assez indulgente pour lui pardonner en souriant les méprises d'un cœur berné par les déguisements de la société. De ces supercheries du sentiment, il n'est pas plus responsable que les enchanteurs et les fées -. Elles sont de celles dont savait rire une société, qui avait pour règle « de sacrifier à l'amour de la vertu la crainte de la honte, et jusqu'à la vertu elle-même ».

Que l'envie de turlupiner « certaines femmes qui osent prétendre au sentiment, et ne sont au fond que des créatures méprisables » 3 ait donné au persiflage un tour un peu trop leste, Wieland se défend néanmoins « d'avoir ménagé la pudeur et tiré le rideau ». Lui ferait-on grief de sa désinvolture dans un conte que les naïfs ne devaient pas entendre mieux que don Sylvio lui-même, riant de ces sornettes « comme s'il n'y avait jamais cru4 »? A ceux-là, il suffit de savoir que la curiosité de l'avenir est aussi téméraire qu'insensée, qu'il vaut mieux s'en rapporter, pour ce qui est des contes ou des visions de Marie d'Agrède, au témoignage des sens et de l'expérience universelle 5.

Mais, sans cette crédulité et cette curiosité, don Sylvio ne serait-il pas encore dans son manoir vétusté et délabré, aux côtés de sa tante Mencia et de la grotesque Mergelina? « Ce qui est

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