‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 331 sur 505 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

7. (1764, St. 123) : « Wir zeigen dièses Buch mit demjenigen Vergnùgen an, das man empfmdet, wenn man von etwas in seiner Art recht vorzliglich Gutem reden kann. » Cf. A. Br., II, p. 263.

rablement les mérites de la parodie, sans se formaliser d'une légèreté de ton, que Wieland pouvait abriter derrière La Fontaine et Boccace « que tout le monde lit x », et Mendelssohn put saluer une émancipation d'esprit, qui le faisait bien augurer du développement futur de l'auteur. Mais la critique restait en général perplexe devant une morale que Wieland dut faire défendre contre le Journal Encyclopédique 2.

Il est vrai que la forme étonnait par son élégante simplicité et sa grâce enjouée. Par sa verve et sa fraîcheur, la première partie contrastait heureusement avec la galanterie spirituelle de la seconde. Elle ne manquait pas de pittoresque savoureux, ni même de jovialité. Le vieux manoir de Rosalva, avec ses tourelles démantelées, ses galeries croulantes et ses vitraux gothiques, sa grenouillière et son parc embroussaillé, faisait un cadre assez « romantique » à la rêverie du jeune fantasque, à qui il arrivait de prendre dans les bras, au lieu d'une princesse qu'il pensait éveiller, la grosse Maritorne, la fille d'écurie, de qui l'haleine sentait l'ail et le fromage de chèvre 3. Et la jolie scène, que celle où folâtrent, au crépuscule, dans les allées couvertes, deux couples drôlement assortis, d'une part la sèche duègne au bras du robuste procureur Rodrigo, de l'autre l'adolescent fluet et songeur flanqué de la plantureuse Mergelina, « une petite guenon habillée ». Gœthe n'en aurait-il pas pris le dessin pour celle de son Faust, dans le jardin de Marthe, de même qu'il a pu se souvenir, pour son Wilhelm Meister, de l'amazone penchée sur le beau page endormi?

Dans la grâce du rococo pénètre aussi un peu de gaillardise avec Pedrillo, de qui la jobarderie, relevée de défiance finaude, fait ressortir l'extravagance de son maître. « Sais-tu bien Pedrillo, en vient-il à dire, que j'en ai assez de tes sornettes? Que diantre! tu me ferais passer pour un don Quichotte, et prendre des moulins

2. Wieland demande à Zimmermann le 29 octobre 1764 (A. Br., II, p. 254) de la défendre contre « un petit maître moraliste de Berne, et propose L'Année Littéraire de Fréron. Cf. A. Br., II, p. 263 : « Seitdem ich mir selbst einige ernsthafte Vorwùrfe zu machen habe, bin ich so empfindlich gegen den ôffentlichen Beifall geworden, als ich ehemals gleichgnltig dagegen war. »

3. I, 5 (H, XIV, p. 18). Cf. Robertson : The beginning oj ihe german novel (Westminster Review, 1894, n° 142, p. 190), cité par Martens, o. c, p. 9.

à vent pour des géants ! 1 » Mais le fruste bon sens, qui se refuse à tenir pour une salamandre la lanterne qui éclaire un paysan, ne manque pas de réagir aussi aux lubies du rêveur, et de rapporter de l'office ce qu'il faut pour éclairer son imagination barbouillée. « J'ai assez d'intelligence, soutient Pedrillo, pour savoir que les pommes sauvages ne sont pas des coings... et je ne m'en laisse pas conter 2. »

Le conte de Biribinker lui-même, avec son perfide persiflage du ton de la conversation mondaine et sa grivoiserie, n'était pas pour déplaire dans les boudoirs où traînaient les Bijoux indiscrets et le Sopha. « Je connais des personnes très sages qui n'en ont pas été scandalisées, qui en ont ri, et l'ont laissé passer », assurait Wieland 3. Grâce à Warthausen, il avait pu risquer cette charge désinvolte, qui, en déliant la pudeur, avait raison de l'affectation comme du pédantisme; elle conférait au style la transparence et la fluidité de l'ironie. La caricature, qui s'autorisait de la franchise d'un Callot ou d'un Hogarth, s'estompait d'ailleurs de malice spirituelle. « Si nous avions fait voyager notre héros dans un char de saphir, attelé d'oiseaux paradis, si nous lui avions donné le chapeau rouge du prince Cobolde, la pantoufle de la fée Moustache, l'anneau de Gyges, avec la baguette magique de la fée Trousion, quelle fille de dix ans n'eût pas remarqué qu'on lui faisait un conte? 4 » Un mouchoir de soie sur les yeux, comme pour Biribinker, permettait de tout voir, de tout dire 5.

Déguisement et badinage, la détente de l'esprit, grâce à Christine et à Warthausen, se traduisait dans la fantaisie sensuelle. Était-il besoin d'une justification? « C'était dans le temps de mon enthousiasme, écrivait Wieland à Julie Bondeli *, que j'étais ardent, colère, étranger à tout, singulier, capricieux, grondeur; depuis que je suis homme à écrire des Biribinker et des Endymion, j'ai appris à modérer mes passions... Je sais qu'on me condamne à présent d'après les arrêts que j'ai prononcés il y a huit ans contre Ovide.

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