H. XL, p. 397, cf. p
2. D'après Ovide, Métamorphoses, III, 8. (Céphale, après trois mois de bonheur, est enlevé par Aurore, qui, piquée de ne pouvoir lui faire oublier sa femme, Procris, lui inspire des doutes sur la fidélité de celle-ci et lui donne le moyen de la mettre à l'épreuve. Céphale réussit à ébranler la fidélité de sa femme grâce au stratagème que lui a donné la déesse. Procris, indignée, s'enfuit dans le temple de Diane. A son mari repenti, elle donne un javelot et un chien merveilleux, qui lui serviront à tuer par mégarde, pour satisfaire le dépit d'Aurore, Procris, son innocente épouse.)
3. Fable 189. (Procris, coupable cette fois, s'est enfuie en Crète, où elle n'est pas accueillie dans le temple de Diane. Elle reçoit toutefois le javelot et le chien qui doivent assurer au chasseur à qui elle les donnera un bonheur extraordinaire. Munie de ces présents, elle va, à son tour, déguisée en jeune homme, éprouver son mari, qui, plus coupable qu'elle, lui pardonne.)
4. Arioste atténue la faute du mari et, donne aux époux plus d'affection. (Une sorcière, n'ayant pas réussi à fléchir la fidélité du mari, le pousse à éprouver sa femme au moyen de bijoux. Comme celle-ci se trouble, le mari retrouve, grâce au sortilège de la sorcière, sa forme naturelle. Les deux époux sont également consternés. La femme, qui ne peut pardonner d'avoir été jouée, s'en va vivre chez l'homme dont son mari avait pris la forme.)
C'est sensiblement la version que suit Wieland, en modifiant toutefois le dénouement dans l'esprit de La Fontaine. Cf. Lidia Marinig : Studi di Filologia Moderna V (1912), p. 20 ss.
5. La Fontaine : Contes et Nouvelles, 3e partie, XIII. — Le détail de la séduction, chez Wieland, s'inspire de la Coupe Enchantée, le règlement à l'amiable du Petit Chien gui secoue l'or et les pierreries. Il est d'ailleurs fait allusion à ce conte dans le récit de Wieland. Heinse, dans les Erzàhlungen fiir Damen, compare la version d'Ovide, qu'il trouve « griechisch schôn » et « voll rûhrender Einfalt », à celle de l'Arioste, plus sentimentale; La Fontaine n'aurait fait que délayer la poésie de l'Arioste. (Werke, II, p. 322-336.)
pas plus coupables l'un que l'autre de l'illusion qui abuse leurs sens. Pas plus qu'il n'oublie sa femme dans les bras de la déesse, Procris ne trahit son sentiment dans ceux du beau Séladon, en qui se cache son mari. Callias n'aime-t-il pas dans sa danseuse, d'après Platon, le bien suprême, dont se repaissent les âmes avant de s'incorporer? « Qu'elle chante un poème d'Anacréon, l'enthousiaste croit entendre la musique des sphères; une pression de la main, une caresse des lèvres, lui rappellent sa divine origine... Il s'imagine plonger dans la source de lumière et ne tombe que dans les bras de Phryné 1. » S'étonner que le cœur puisse être malgré tout fidèle, ce serait oublier la « puissance irrésistible de la sympathie ». « Elle était une bonne enfant, l'innocence en personne, de même qu'il était le plus tendre des amants... aussi longtemps que l'occasion n'avait pas surgi 2. »
La caricature s'adoucit ici en un dégradé ironique de la vertu. Dans la fantaisie du conte, le destin se dénoue en un jeu capricieux, qui abolit la responsabilité. Bonheur et malheur ne sont plus que des reflets fugitifs et confondus. Céphale s'est jeté par dépit dans la mort, mais il se réveille dans le lit d'Aurore : « Il retombe sur son sein, pour mourir à nouveau, mais non plus de désespoir. » Le charme de l'amour n'est-il pas cette fragilité? Aurore ranime dans le cœur de son amant la félicité qu'il devait à sa femme. Il n'est donc qu'à s'abandonner au gré de l'heure, les yeux à demi fermés. C'est ainsi que le persiflage se perd dans un impressionnisme léger, que la fiction ne fait plus qu'allégoriser une morale hédoniste, à la façon d'une estampe un peu floue de Van Loo 3.
Nul doute que le talent de Wieland ne soit plus à l'aise dans l'ironie badine, que dans le comique de Ganymède et de Paris. On s'en rend compte à la facture mieux assurée, à la touche plus juste de la description. Contrairement aux contes qui précèdent, celui-ci a trouvé du premier coup sa forme presque définitive. Si elle ne se dégage pas d'une prolixité bavarde, que l'auteur a toujours peine à réfréner, elle contraste par son élégance et sa dis-
i. H. XI. p. 58.